Dans une interview passionnante au magazine gay américain The Advocate, le scénariste Dustin Lance Black évoque longuement le personnage principal de son prochain film, J. Edgar Hoover, ancien gay honteux et patron aussi puissant que haï du FBI. Le film se nomme J. Edgar, il est réalisé par Clint Eastwood et c’est Leonardo Di Caprio qui incarnera le personnage titre.

Pour le scénariste, l’ancien patron tout-puissant du FBI, connu pour avoir constitué de nombreux de dossiers sur des personnalités afin de les faire chanter, est une sorte de Harvey Milk (dont il a également scénarisé la vie, pour le film de Gus Van Sant) en négatif:

«Cet homme possédait un pouvoir politique extraordinaire. À l’évidence, Harvey en possédait très peu et travaillait pour en obtenir une toute petite partie. Cet homme [Hoover] est resté dans le placard et ce faisant, a répandu la peur et s’en est servi pour intimider. Je voulais explorer ça. Si l’objectif d’Harvey Milk était de servir de source d’inspiration, cette fois-ci je voulais mettre en garde. Dans ce pays, même aujourd’hui, des parents élèvent de petits Hoover.»

On connaît à Hoover au moins une relation ambiguë avec un homme, son bras droit Clyde Tolson. Certains craignaient que Clint Eastwood «dé-gay-ise» l’ancien patron du FBI ou fasse l’impasse sur cette relation. Il n’en a rien été, semble-t-il.

«Pas une seule fois, il ne m’a posé de question sur la relation gay de Hoover ou son histoire d’amour. Ce n’est qu’une fois le tournage commencé que j’ai pu voir avec quelle révérence il traitait cette histoire amoureuse. J’ai trouvé profondément émouvant qu’il n’ait jamais eu besoin de me poser de question. Il l’a traité comme n’importe quelle autre histoire d’amour, avec les mêmes respect, dignité et cœur.»

Lorsqu’on l’interroge sur le statut de star qu’il a acquis après son Oscar pour Harvey Milk, Dustin Lance Black ne se dérobe pas avec l’habituel «je ne veux pas devenir le porte-parole d’une cause». Au contraire:

«Plus que tout, je ressens une responsabilité à mener et soutenir nos causes. C’est un grand privilège et une grande responsabilité et je le prends très au sérieux.»

Et lorsque le journaliste lui demande s’il se sent obligé d’écrire sur des personnages gays:

«Je ne décrirais pas ça comme une obligation. Je vois cela comme un privilège. J’espère que le film marchera, pour que nous puissions continuer à faire des films avec des personnages gays et lesbiennes. J’ai souvent dit que je ne serais pas satisfait tant que nous ne serons pas représentés à une proportion équivalente à notre nombre dans la société. Je pense que nous n’en sommes pas encore là.»

J. Edgar, réalisé par Clint Eastwood, sortira en France le 11 janvier 2012.

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