Pour son dixième anniversaire, le festival bruxellois Pink Screens (qui se tient jusqu’au 19 novembre) et ses programmateurs ont abattu un travail de titan, notamment en réussissant à programmer les deux longs métrages réalisés par le comédien James Franco. My Own Private River était complètement inédit en Europe et Sal n’a été vu qu’au festival de Venise en septembre dernier.

Si James Franco est en passe de devenir l’icône queer absolue, ce n’est pas simplement pour sa plastique parfaite ou pour ses rôles dans quelques blockbusters américains (La Planète des singes: les origines, Spiderman, 127 heures qui lui a valu une nomination aux Oscars ou encore les productions de Judd Apatow telles que Délire Express ou Votre majesté), c’est aussi parce que le jeune homme est devenu un réalisateur totalement atypique qui jongle avec les sujets décalés comme personne.

«MY OWN PRIVATE RIVER» ET «SAL»
Dans My Own Private River, il s’approprie tous les rushes du film culte de Gus Van Sant My Own Private Idaho pour en faire… un autre film, rendant hommage à l’acteur River Phoenix de la plus belle des manières. Il parvient avec ce film à créer une autre histoire tout en conservant les deux personnages de prostitué masculin du film original. C’est brillant, très bien fait, et c’est un hommage vibrant au talent de River Phoenix, disparu bien trop tôt, et qui serait une sorte de chaînon manquant entre James Dean (que Franco a interprété pour un film télé) et James Franco.

Pour Sal, Franco a tenté de retracer la dernière journée de la vie de Sal Mineo, comédien américain nommé deux fois aux Oscars, notamment pour son rôle d’ado amoureux de James Dean dans La Fureur de vivre, et qui fut assassiné à l’âge de 37 ans en 1976. Le film nous permet de découvrir une personnalité extrêmement attachante, un acteur gay un peu borderline qui essaye de revenir sur le devant de la scène (il répète une pièce off-L.A. et tente de réaliser un premier film).

Le film est à la fois un hommage au cinéma américain indé des années 70 (on pense beaucoup à Faces et Opening Night de John Cassavetes) et un questionnement sur ce que peut être un acteur, qui plus est gay, dans l’industrie de Hollywood. Venant d’un acteur hollywoodien qui eut même l’honneur de coprésenter les Oscars (avec Anne Hathaway) l’année dernière, le film est d’autant plus pertinent. Un vrai coup de cœur pour ce film pas évident d’accès (les scènes sont plutôt longues et bavardes) mais réellement inspiré, qui réjouira tous les aficionados du cinéma new-yorkais des 70’s.

Le festival nous a également permis de découvrir un des courts métrages réalisés par James Franco, The Feast of Stephen, une sorte de «gay bashing» pervers, assez réjouissant dans ses contradictions.

UN CAFE AVEC SARAH KAZEMY, ACTRICE DU FILM «EN SECRET» («CIRCUMSTANCE»)
La projection du film irano-franco-américain En secret a été l’un des événements de l’ouverture du festival Pink Screens et Sarah Kazemy, comédienne principale du film était présente pour rencontrer le public. Nous avons passé une quinzaine de minutes avec elle dans le bar du cinéma Nova de Bruxelles en nous promettant de nous revoir pour la sortie française du film le 1er février 2012.

Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur En secret – bande-annonce VO

Sarah, comment es-tu arrivée sur le projet En Secret? On m’avait parlé de Maryam Keshavarz [la réalisatrice iranienne du film] et j’ai eu très envie de la rencontrer lors de son passage à Paris. Je suis de père iranien et de mère française, et j’ai grandi en France. Nous avons discuté de ce premier film qui est aussi une histoire personnelle pour elle, et, moi qui était étudiante en droit, j’ai été choisie pour le rôle de Shireen alors qu’elle a auditionné près de 2000 comédiennes dans le monde! Je suis donc entrée dans cette aventure presque par accident! J’ai travaillé près de 11 mois sur mon accent et Nicole [la comédienne qui interprète le personnage d’Atafeh, amoureuse de Shireen] et moi sommes vraiment devenues comme deux sœurs. Du coup, j’y ai pris goût et je souhaite continuer une carrière de comédienne.

Quelle est ton histoire personnelle avec l’Iran? J’y suis allée tous les ans. Je parle persan, j’ai baigné dans cette culture. Je sais que maintenant je ne pourrais jamais y retourner après avoir tourné ce film! Mais si on peut faire passer un message à travers cette histoire, c’est capital.

Et ce rôle, comment l’as-tu abordé? Je suis du signe du scorpion, donc je pense être quelqu’un d’assez extrême. Shireen est l’opposé de moi mais j’ai tout de suite été fascinée par le personnage et par son histoire excitante. Je me suis réellement jetée dedans.

Quand on décrit sur les sites grand public l’histoire du film comme une «amitié contrariée», tu le ressens comment? C’est très subjectif. L’essence de cette histoire, c’est vrai, est une histoire d’amitié profonde entre deux meilleures amies qui ont évolué ensemble, ne se sentent vraies qu’ensemble et, dans ce contexte précis où aucune femme ne peut vivre une relation amoureuse assumée avec un homme, l’amour qu’elles se portent devient extrême. Elles sont homos? hétéros? Je ne sais pas, elles s’aiment, c’est tout! L’amitié est bien une forme d’amour! Même si nous vivons dans une ère où il faut un nom pour tout! Elles s’aiment et tentent de vivre les choses à leur façon.

Franck Finance-Madureira