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Mercredi 2 novembre, Yagg recevait Kévin Mauris, de l’association lyonnaise Cabiria, où il est responsable de l’action Prostboyz. Lancée en avril, Prostboyz est un programme de santé communautaire qui s’adresse aux travailleurs du sexe, avec de la prévention sur le terrain et sur Internet. Il a bien voulu répondre aux internautes de Yagg.

Steph:  Quelles sont les activités de votre association?

Kévin Mauris: L’action comporte deux volets:  un premier volet en direction des hommes travaillant dans la rue et sur les lieux de drague, un deuxième volet en direction des hommes travaillant sur Internet ou par téléphone. Ces deux axes sont complémentaires et permettent de toucher des personnes ayant des pratiques différentes (même si certaines personnes exercent ces deux formes de travail du sexe).

Mag:  Comment a émergé ce projet?

Kévin Mauris:
Le projet a émergé à partir d’une rencontre à Paris lors des assises de la prostitution entre moi-même et Cabiria. Nous avons réfléchi par la suite à cette action durant 2 ans. Nous avons commencé en avril 2011.

Christophe Martet:  Quel soutien avez-vous de la part de la municipalité?

Kévin Mauris: Nous n’avons aucun soutien financier de la part de la ville de Lyon, mais nous avons de bons soutiens à la mairie du 1er arrondissement, qui entre autre nous met à disposition une salle pour le lancement officiel de l’action Prostboyz le 25 novembre 2011.

Fred:  Comment arriver à sensibiliser les escorts qui sont sur le net? Ce n’est pas une population homogène, etc.

Kévin Mauris: Nous contactons les escorts sur le net via notre permanence virtuelle, qui a lieu les jeudis de 16 heures à 20 heures. Chaque semaine, je lance un thème, ce qui permet de favoriser les discussions. Chaque personne est différente et nous travaillons en fonction des demandes et des réalités de chacun.

krim75:  Les personnes que vous visez ont-elles beaucoup de carence en prévention? Si oui, de quel ordre?

Kévin Mauris: Les personnes que nous rencontrons via Internet ont de bonne connaissance générales  sur les moyens de prévention, mais il y a énormément de questions sur la législation. Après, il y a un énorme manque d’information sur les pratiques dites « à risque » comme l’uro, le bdsm…

Mag:  Avez-vous des soutiens institutionnels autres que la mairie du 1er de Lyon?

Kévin Mauris: Nous sommes financés par la Région Rhône-Alpes, le Département du Rhône et par Sidaction. Nous avons vraiment un gros problème pour avoir des financements, les pouvoir publics se désengagent complétement, malgré le plan national de lutte contre le VIH.

Joe : Vous travaillez avec un site comme Gayromeo sur lequel les escorts ont « pignon sur rue »?

Kévin Mauris:  Oui nous travaillons sur le site Gayroméo, qui nous laisse une place pour pouvoir être en contact direct avec eux. Cela simplifie vraiment les échanges.

Tom: Quelle différence entre travailleurs du sexe homos ou hétéros? Une grosse hypocrisie étatique tendant à dire que « ça n’existe pas? » On sait tous que c’est faux! Et après il y a quoi? Du mépris pur et simple.

Kévin Mauris:  La prostitution est de toute façon un sujet tabou. Quand tu parles des hétéros parles-tu des nanas ou des mecs?  Sinon les mecs sur internet ou sur la rue sont un peu moins touchés par la répression que les femmes. Mais sinon dans le regard des gens, c’est le même mépris.

Tom: Les deux, quelle différence? Ça existe et tout le monde fait comme si… et tout ça dans les pays des « Droits de l’homme »

Kévin Mauris: L’État met en avant qu’il y a des travailleuses du sexe et l’utilise pour montrer qu’il lutte contre l’insécurité.

Christophe Martet:  Kévin, pouvez-vous nous dire quels sont ceux qui ont recours à la prostitution et quelles sont le plus souvent leurs motivations?

Kévin Mauris: Chaque situation est différente. Après, je peux vous dire que les personnes que l’on rencontre sur la rue, le font pour la plupart comme moyen de survie. Sur Internet, les profils sont très différents, certains utilisent la prostitution comme moyen d’avoir de l’argent pour vivre car ils n’ont pas de travail et ils n’ont pas droit aux minima sociaux. D’autres ont un travail, mais cherchent à améliorer leur quotidien. Ou encore, il y a ceux qui revendiquent que le travail du sexe est un travail comme un autre. Après les personnes que je rencontre sont âgées de 18 ans à 47 ans alors, vous voyez il y a toutes sortes de profils. Parmi les personnes que nous rencontrons, il y a énormément d’origines différentes.

Louis:  Comment incluez vous les personnes trans dans votre association ( MtF et FtM) ? Avec quelles associations trans’ travaillez-vous ? Soutenez vous les revendications des associations trans ?

Kévin Mauris: Pour répondre à Louis, nous soutenons toutes les revendications trans’. Mais c’est vrai que dans l’action ProstBoyz, nous voyons essentiellement des mecs bio. Les membres de Cabiria travaillent tous les jours avec des trans’. Nous aimerions nous rapprocher d’associations comme Chysalide sur Lyon ou Outtrans sur Paris.

Mag:  Comment vous situez-vous par rapport aux mouvements féministes?

Kévin Mauris:  Nous estimons avoir un positionnement féministe. Notre action est basée sur l’empowerment des personnes, et la prise en compte de leurs paroles et de leurs compétences. Nous ne portons pas de jugement sur leurs stratégies de vie. Certains mouvements féministes partagent nos positions. D’autres (les abolitionnistes) pas du tout.

 Tom: Kévin, ton « boulot » a l’air vraiment bien. Agir sans juger! Où peut-on te joindre pour s’y mettre aussi?

Kévin Mauris: Merci, c’est vrai que j’adore mon travail. Si tu veux nous joindre, www.prostboyz.org, kevin@prostboyz.org ou via facebook.

Paul Denton: Recevez-vous des critiques sur votre initiative? Si oui, de quel ordre sont-elles?

Kévin Mauris: Au début, on nous a énormément dit qu’il n’y avait pas de travailleurs du sexe, et que notre action n’allait servir à rien. Mais depuis les avis ont changé. Par contre les institutions, y compris celles qui ne nous financent pas, nous disent que c’est très pertinent.

Joe: Y a-t-il d’autres associations comme la vôtre ailleurs en France? Si oui travaillez-vous avec elles ou envisagez-vous de le faire?

Kévin Mauris: Nous sommes vraiment les seuls à être communautaire et à travailler à la fois sur internet et sur les lieux de dragues gay. Deux autres associations travaillent sur Internet. Sur Toulouse, l’association de santé communautaire Griselidis et sur Paris Le Kiosque, mais qui n’est pas communautaire. Nous travaillons ensemble lors de rencontres spécifiques, mais avec Griselidis nous avons un partenariat plus particulier.

nileju: La prostitution gay est-elle touchée par des réseaux mafieux étrangers, comme c’est le cas dans la prostitution « hétéro »?

Kévin Mauris: Ce qu’on sait, c’est qu’il y a des réseaux d’immigration mais on ne sait pas s’il y en a spécifiquement sur la prostitution gay. L’histoire des réseaux mafieux, les médias nous abreuve d’histoires glauques, ça fait vendre. Dans la réalité, je ne dis pas que ça n’existe pas mais ça n’a pas l’importance que les médias et les politiques prétendent.

steph: Avez-vous des revendications vis à vis des pouvoirs publics? De la loi?

Kévin Mauris: Pour les pouvoirs publics, il faut absolument qu’ils mettent de l’argent dans la lutte contre le VIH et la santé en général. Nous demandons l’abolition de toutes les lois qui criminalisent le travail du sexe. Par respect du droit des personnes dans le pays des droit de l’homme et parce que dans la lutte contre le VIH, la répression fait le jeu de l’épidémie. Nous soutenons toutes les revendications des travailleuses et travailleurs du sexe et je vous invite à vous mettre en contact avec le Strass, (Syndicat du travail sexuel) pour plus d’action politique.