Si la vision de joueurs s’embrassant ou s’étreignant sous l’effet de l’adrénaline après un but victorieux ne choque personne en Europe, il en va tout autrement en Iran. Mohammed Nosrati et Sheys Rezai, deux joueurs vedettes du club le plus populaire du pays, le Persepolis de Téhéran, viennent d’en faire l’amère expérience. Ils risquent de se voir infliger jusqu’à 74 coups de fouet sur la pelouse où ils ont remporté un match samedi dernier, selon l’agence semi-officielle Fars.

SUSPENSION ET AMENDE
Leur crime? Selon les autorités, les deux joueurs se seraient livrés à un geste «déplacé» vers la fin de la rencontre. Pour tenter de comprendre, il faut revenir sur les dernières minutes de la partie. Sur les images, on voit Mohammed Nosrati mettre sa main entre les fesses de son coéquipier – certains évoquent un simple pincement – puis, Sheys Rezaei lui-même étreindre un autre joueur et lui faire une bisou (sur la joue) peu avant la fin du match pour saluer la victoire de son équipe.

Pour vous faire votre propre idée de l’affaire, vous pouvez regarder la vidéo de fin de match ci-dessous:

http://www.youtube.com/watch?v=NaaioSW5nUw

Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo, cliquez sur Immoral Celebration 1 Nosrati Sheys Rezaei.

Ces deux actions hors jeu n’ont pas été du goût de parlementaires religieux conservateurs, de responsables sportifs et de magistrats qui ont demandé une «punition rapide» pour les deux joueurs, selon The Washington Post. Conséquence: tous deux ont écopé d’une suspension pour une durée indéterminée et d’une amende de 500 millions de rials (environ 30000 euros) chacun.

«Cet acte peut être considéré comme une atteinte à la chasteté publique», a asséné le juge Valiollah Hosseini à l’agence Fars, tout en précisant que «ce crime est puni par une peine de prison et jusqu’à 74 coups de fouet». De son côté, Jalal Yahyazadeh, un religieux également député, a dénoncé un «geste éhonté» qui a «affecté, enragé et indigné» tous les fans de sport.

SUR LE FIL
Avec le retour en force des conservateurs marqué par l’arrivée au pouvoir du président Mahmoud Ahmadinejad en 2006, «les sportifs, comme les acteurs, doivent marcher sur le fil, étant des personnages publics sans appartenir à l’establishment religieux», décrypte The Washington Post.

Le quotidien rappelle qu’une actrice a récemment été condamnée au fouet pour être apparue dans un film sans foulard — la sentence a cependant été annulée – et que la semaine dernière, un autre footballeur a dû couper ses longs cheveux sur le terrain avant d’être autorisé à jouer.

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