Le collectif Homoboulot fête ses 10 ans ce dimanche 6 novembre au Tango. L’occasion de faire le point avec Philippe Chauliaguet, son porte-parole, sur 10 ans de combat pour la visibilité LGBT dans l’entreprise.

Comment s’est créé le collectif? Le Collectif Homoboulot s’est créé en 2001 suite à la rencontre des responsables des associations récemment créées dans le secteur professionnel. C’était nouveau, le Collectif a permis d’échanger sur les succès et les difficultés rencontrées. Lors de la LGP 2001, les associations CGay, Gare! , Homobus et 3HVP ont défilé ensemble et diffusé un premier tract commun, «l’appel du 23 juin» . La «bande des 4» (premier nom du Collectif) a participé à un entretien au Cabinet du Ministre du Travail et au Cabinet du Premier Ministre au côté de la LGP. Ces mêmes associations, rejointes par Flag! et EnerGay, ont participé ensemble au Printemps des Associations en 2002. Un second tract commun, «l’appel du 29 juin», signé par huit associations (les précédentes + AFMGL et Personn’Ailes), a été distribué pendant la Marche des Fiertés LGBT 2002. Elles ont été rejointes par une neuvième association, Les Telles & Tels, en mars 2003. En 2004 les associations RainbHôpital puis les Affranchis et COMIN-G ont été admises.

Aujourd’hui combien d’associations adhérentes et combien d’adhérents? Le Collectif fédère aujourd’hui 8 associations ”pro” . Selon la taille des entreprises, l’ouverture sur les sujets LGBT et l’age de l’association, le nombre d’adhérents par association varie de 50 à 400. J’ai coutume de dire que notre légitimité ne se mesure pas avec les adhérents car nos associations sont ”particulières” et l’adhésion est parfois vécue comme un acte militant, un début de coming out : tous les salariés n’osent pas par peur de se visibiliser.
Aujourd’hui le Collectif Homoboulot est animé par :
ALGO au Ministère des Affaires Étrangères et Européennes,
COMIN-G aux Ministères Économique et Financier,
ENERGAY pour les industries électriques et gazières,
GARE! pour le groupe SNCF,
HOMOBUS pour la RATP et ses filiales,
HOMOSFÈRE pour le groupe SFR,
MOBILISNOO pour France Telecom Orange,
RAINBOW BANQUASS pour les métiers de la banque et des assurances,

Vos associations sont-elles soutenues au sein de leurs entreprises respectives? Les situations sont diverses, de l’ignorance à la tolérance, rares sont les entreprises et les administrations qui vont jusqu’à la collaboration constructive. Les associations doivent souvent attendre de construire leur crédibilité, ou communiquer hors de l’entreprise pour se faire connaitre, et enfin se faire reconnaitre. Certaines associations bénéficient de locaux et de la prise en charge de certains frais de fonctionnement, d’autres se voient offrir le financement d’un char à la Marche des Fiertés et d’autres encore ne doivent compter que sur les adhésions de leurs membres comme seule ressource.

Après 10 ans d’existence quel bilan tirez-vous de votre action? Le principal succès du Collectif réside dans le soutien à la création d’associations pro, quasiment une par an. Cela répond à une demande forte, nous devons démystifier la création d’une telle association, rassurer et aider concrètement les initiatives. Le Collectif permet aux associations d’avoir une tribune à l’extérieur des entreprises afin de se faire connaitre, d’interpeller et également de tenir un discours concernant toutes et tous les salarié-e-s. L’expertise du Collectif est reconnue par les acteurs professionnels comme les syndicats, par le Défenseur des Droits (ex Halde) qui a répondu à notre demande de création d’un groupe de travail spécifique ”Emploi LGBT”. Le Collectif exprime son analyse de la situation en entreprise et propose des solutions pédagogiques, il le fait lors de rendez-vous institutionnels , lors de débats, de conférences devant des publics divers et toujours concernés.
En 2011 la vie des LGBT en entreprise a très peu changé, il y a toujours deux tiers des lesbiennes et des gays qui choisissent de se cacher, de ressembler à des hétéros afin de ne pas compromettre le « bien être » quotidien au travail et surtout les perspectives de carrière. Vraie ou fantasmée, cette peur est entretenue par une absence de discours sur la lutte contre l’homophobie dans la plupart des entreprises.

Avez-vous le sentiment que la visibilité des LGBT en entreprise progresse? Il est bien sûr possible de dire son homosexualité au travail, et dans la plupart des cas cela va se passer à peu près bien. Cependant, devant l’incertitude vis à vis des conséquences à court terme et sur la carrière, la proportion de ceux qui osent est encore faible.
Les LGBT ne sont pas égaux devant le coming-out au travail. En fonction de la façon dont la révélation de l’homosexualité a été assumée par les familles et amis, l’arrivée dans la sphère professionnelle se fera avec plus ou moins d’assurance. Il est important de noter que celui ou celle qui l’a très bien vécu dans la sphère privée, aura également une appréhension avant de le dire, ou pas, au travail.
Certaines entreprises profitent cependant d’une démarche Diversité et/ou de la pression d’une association en son sein pour amorcer un travail de prévention, d’information. L’exemplarité est importante et il faut également faire la publicité des ces ”bonnes pratiques”

Quels sont les principaux chantiers pour le collectif? La participation du Collectif au groupe de travail ”Emploi” du Défenseur des Droits est un enjeu important, qui peut être déterminant, par la création d’outils que les entreprises pourront s’approprier. Parallèlement nous réfléchissons à une évolution de notre fonctionnement pour nous rendre plus efficaces et plus performants à la fois pour continuer de dynamiser l’inter-associatif et pour pouvoir répondre aux sollicitations. La possibilité d’adhérer à Homoboulot en tant que personne physique depuis janvier 2011 va dans ce sens.