L’enfer est pavé de bonnes intentions. C’est en substance le message qu’une cinquantaine d’organisations et de personnalités gays et lesbiennes de tout le continent africain ont envoyé au gouvernement britannique et aux autres pays donateurs.

Dans une déclaration commune, elles tirent la sonnette d’alarme: en conditionnant leur aide au développement au respect des minorités sexuelles, les bailleurs de fonds européens pourraient faire plus de tort que de bien à celles et ceux qu’ils entendent protéger. Cette déclaration en forme de pavé dans la mare intervient quelques jours après que le Premier ministre britannique David Cameron a menacé de couper les vivres aux gouvernements homophobes lors d’une réunion des chefs d’État du Commonwealth (lire Le Royaume-Uni menace de réduire les aides financières à des pays homophobes).

UNE MESURE CONTRE-PRODUCTIVE
Une mesure contre-productive qui servirait les États homophobes en leur permettant de désigner les lesbiennes, gays, bi et trans’ africain-e-s comme des boucs émissaires, estiment les responsables associatifs: «Dans un contexte de violation généralisée des droits humains, où les femmes sont presque toutes vulnérables, où la santé et la sécurité ne sont pas garanties pour tou-te-s, singulariser les questions LGBTI encourage l’idée que les droits des LGBTI sont des droits spéciaux et hiérarchiquement plus importants que les autres droits. Cela encourage également l’opinion très répandue que l’homosexualité n’est pas africaine et que des pays comme le Royaume-Uni n’agissent que lorsque leurs intérêts sont menacés.»

«Une réponse efficace aux violations des droits des personnes LBGTI doit être plus nuancée que la simple imposition de sanctions de la part des bailleurs de fonds», écrivent-ils/elles, rappelant au passage à David Cameron que les lois homophobes de leurs pays sont souvent un héritage du colonialisme britannique.

S’APPUYER SUR LES MILITANT-E-S
Le Malawi a déjà subi une réduction de son aide en provenance du Royaume-Uni et de l’Allemagne. Loin de faire réfléchir les dirigeants homophobes, cette mesure a au contraire mené à une stigmatisation croissante des LGBTI de ces pays, selon les signataires. Parmi eux, la lauréate du prix Martin Ennals, Kasha Jacqueline et son association Freedom and Roam Uganda, mais également plusieurs organisations africaines francophones telles qu’Arc-en-ciel (Côte d’Ivoire). Au Royaume-Uni, le célèbre activiste des droits humains Peter Tatchell leur a apporté son soutien.

Plutôt que de frapper les gouvernements anti-gays au portefeuille, les associations LGBTI africaines préconisent aux bailleurs de fonds européens d’intensifier l’aide financière aux programmes en faveur des LGBTI et de s’appuyer plus largement sur les militant-e-s pour mener à bien les campagnes en faveurs des droits humains. Manière de rappeler que le temps des solutions universelles est révolu, et que chaque cas de figure doit être abordé dans sa spécificité.

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