L’objectif de Yagg Pro est aussi (avant tout?) d’apprendre à se connaître les uns les autres. Chaque semaine, nous mettrons en avant un-e membre du réseau. Parcours professionnel, coming-out et/ou homophobie au travail… le questionnaire sera le même pour tous. Et c’est Manuel Atréide, journaliste et blogueur qui essuie les plâtres!

Votre parcours? Haha, on commence par les questions compliquées ! J’ai commencé ma vie professionnelle il y a plus de 20 ans comme officier dans l’Armée de l’Air. Je n’en foutais pas une en fac et pendant mon service militaire, on a trouvé que je n’étais pas mauvais et l’Armée a voulu me garder. J’en ai profité pour apprendre à travailler avec des gens sérieux, à acquérir les bases de mes futurs métiers.
J’ai quitté l’Armée pour continuer mon métier d’informaticien dans le civil. Plus de challenges, de risques, l’opportunité de faire des missions qui bougeaient vraiment. Il y a eu des hauts et des bas mais j’ai eu ce que je voulais, c’est vrai. Conception de bases de données, création de réseaux de micros interconnectés, développement de gros sites Web puis d’applications. Dix belles années de ma vie.
En 2005, j’ai eu envie d’autre chose. Ras le bol des lignes de code, marre de ramer en soute pour faire tenir les objectifs des autres. Une grosse envie aussi de me mettre à produire du contenu et plus seulement de créer les outils pour le mettre en ligne. Une période galère, pas un rond, mais je me suis accroché et je suis rentré dans une boite de veille, Cybion, par ailleurs éditeur d’Agoravox.fr. J’y suis devenu responsable éditorial et veilleur stratégique.
En début d’année, une connaissance professionnelle m’a proposé de rejoindre l’équipe d’un hebdomadaire politique qui se remontait: l’Hémicycle. Un parcours complexe donc, avec des creux mais vous savez quoi? Je ne le changerais pour rien au monde!

Votre emploi actuel? Journaliste et blogueur. J’ai une chance folle, tout mon parcours me mène à ces deux jobs que j’aime énormément. Je commence à être payé pour faire ce que j’aime faire tout le temps: lire, apprendre ; être curieux, fouiller puis en parler. Génial non ? En tout cas, c’est une profession qui s’exerce en permanence. Je suis journaliste dès le réveil, devant mon café, à lire ma sélection de sites à suivre, twitter ou facebooker les infos qui m’ont intéressé. Et c’est aussi en gros une des dernières choses que je fais avant d’aller dodoter le soir. Un sacerdoce, en quelque sorte.

Vos projets? Être encore plus journaliste! Non, sérieusement, j’en ai un paquet. Parmi les concrets, on va dire que je bosse en ce moment pour écrire pour un média US. J’ai envie de cette expérience bilingue. Et qui sait, j’irai peut être y bosser un de ces quatre! Après, il y a d’autres idées, mais elles ont besoin de temps et de réflexion pour mûrir. Donc, motus!

Votre plus beau souvenir professionnel? Ma grande chance, avec tous ces métiers, c’est d’en avoir plein! En vrac: François Mitterrand les yeux dans les yeux lors d’une prise d’arme aux Invalides, la mise en ligne du premier site d’infos en temps réel de TF1 sur lequel j’avais bossé comme un fou, et bien sûr, mon premier papier publié dans le journal. Je n’arrivais pas à m’arrêter de sourire, un vrai môme!

Avez-vous été confronté à l’homophobie dans la sphère professionnelle? Oui. Comme ambiance générale, mais aussi comme quelque chose qui m’a plus personnellement concerné. Des insultes jamais, mais des sous-entendus de temps en temps. Et une fois au moins, un boss qui m’a saqué en partie pour cela. Mais, pour être honnête, j’ai souvent été out au boulot et j’ai en fin de compte plus souvent vécu des moments de parfaite intégration que des périodes de rejet.

Êtes-vous out au travail? Si oui, comment c’est passé le coming-out? Ça m’est arrivé souvent, mais pas tout le temps. Je crois que je suis passé au delà de la phase purement revendicative. Je ne l’annonce plus haut et fort. Mais je ne le cache pas non plus. Mon activité en ligne est connue de mon boss actuel, il sait ce sur quoi j’écris, les thèmes qui m’intéressent à titre personnel. En gros, s’il veut savoir, il le saura. Ça n’a pas d’importance en fin de compte. Au boulot, je suis journaliste, pas activiste.

Qu’est ce qu’un réseau comme Yagg Pro peut apporter, selon vous? Question complexe. Yagg Pro est à la fois un réseau social professionnel ET communautaire. Nous sommes là pour parler boulot, échanger des idées, faire notre promo. Mais nous sommes toutes et tous LGBT. So what? On ne va pas coucher tous ensemble, quand même. Car, il y a aussi des copines filles! Yagg Pro ? Un réseau social discret, peut être influent (si certains de ses membres le sont). Un club, une confrérie. Un truc à la franc-mac’ ? En définitive, Yagg Pro sera ce qu’on en fera. Et ce que je veux en faire, en définitive, est assez simple: un lieu où nous savons dépasser les barrières de nos métiers et de la compétition interne pour forger un peu de coopération entre nous. Un truc Win-Win, un vrai qui marche. Non ?