C’est une première sous la Ve République: la gauche est majoritaire au Sénat. S’il s’agit d’un changement historique, il est encore bien trop tôt pour en mesurer les conséquences, si ce n’est que le Président de la République aura beaucoup plus de mal à obtenir du Congrès (la réunion des deux chambres du Parlement, Assemblée nationale et Sénat) qu’il modifie la Constitution, notamment pour y inscrire la «règle d’or» qui lui est chère. À l’inverse, si cette victoire de la gauche se répète lors des élections présidentielle et législatives, le Parti socialiste et ses alliés auront les coudées franches pour appliquer leur programme (notamment tenir leurs promesses en matière d’ouverture du mariage aux couples de même sexe), mais aussi réviser la Constitution. Comme l’écrit Le Figaro, «François Mitterrand lui-même n’avait pas eu une telle liberté».

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Sur les questions qui touchent plus particulièrement les personnes LGBT, le Sénat s’est parfois montré bien plus progressiste que l’Assemblée nationale, sur l’accès des couples lesbiens à l’insémination artificielle, par exemple, mais sans prendre beaucoup de risques puisque la décision finale, dans le vote d’une loi, appartient toujours à la chambre basse du Parlement.

Prochaine étape: l’élection du président ou de la présidente du Sénat. En lice, le président sortant Gérard Larcher (UMP), Jean-Pierre Bel (PS), sénateur de l’Ariège et président du groupe PS, et Catherine Tasca (PS), sénatrice des Yvelines, présidente la Commission des lois de l’Assemblée nationale au moment des débats du Pacs.

Ironie de l’Histoire, cette première prise de pouvoir de la gauche au Sénat coïncide avec le départ d’un des hommes politiques les plus emblématiques de l’avancée des droits des personnes LGBT en France: Robert Badinter, artisan de l’abrogation, par la loi du 4 août 1982, de l’article 331-2 du code pénal, hérité du code de Vichy, qui prévoyait des peines correctionnelles pour tout acte «impudique ou contre-nature» commis avec un mineur du même sexe, et toujours militant de la dépénalisation, cette fois au niveau mondial, de l’homosexualité (lire Robert Badinter appelle au combat contre la pénalisation de l’homosexualité, «outrage premier à la dignité humaine»).

Et vous, que vous inspire ce basculement à gauche du Sénat? Qu’en attendez-vous? Y voyez-vous une remise en question de la politique gouvernementale, ou la manifestation d’un ras-le-bol plus général? Voire un avant-goût de 2012?

Photo Sénat