Pour le premier chat sur Yagg Pro, nous avons reçu jeudi 22 septembre Abdel Aïssou, Directeur Général du Groupe Randstad France. Vous avez été nombreux-ses à lui poser des questions sur le coming-out en entreprise, la politique de diversité, ce qu’il faut faire ou pas en entretien de recrutement…

Voici l’intégralité des échanges.

Stéphane: Bonjour. Pouvez-vous expliquer ce qu’est exactement le métier de Randstad?

Abdel Aïssou: Bonsoir Stéphane. Pour être plus précis, disons plutôt les métiers. Randstad est le deuxième acteur mondial de services en ressources humaines. Nos métiers vont de l’intérim à la formation, en passant par la chasse de têtes et le recrutement. Nous sommes des intermédiaires de l’emploi, présents sur tous les secteurs d’activité à travers un réseau d’environ 1000 points de présence en France.

Jean-Yves. Bonjour M. Aïssou. D’où vient l’engagement de Randstad sur les questions LGBT? Est-ce grâce à vous?

Abdel Aïssou: Cette réflexion personnelle croise les engagements de valeur du groupe. À partir du moment où on lutte contre les discriminations, il était inconcevable de mettre de côté les discriminations à raison de l’orientation sexuelle. Cette question est à mon sens l’une des dernières frontières pour une société démocratique. En effet, l’orientation sexuelle est un chemin de vie. La façon dont les gens s’aiment n’est pas l’affaire de la République. Encore moins celle de l’entreprise. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire. Je m’honore de travailler au sein d’une entreprise pionnière dans l’affirmation de son caractère gay-friendly.

Jean-Laurent: Comment cela se passe-t-il avec vos clients?

Abdel Aïssou: Franchement, cette affirmation ne nous a valu aucune observation de la part de nos entreprises partenaires. En revanche, lorsque j’ai été distingué au titre du prix de la Diversité de l’Autre Cercle, les commentaires émis sur certains sites internet m’ont laissé perplexe.

Jean-Laurent: Cela vous arrive d’avoir des clients qui vous disent clairement: «Pas de LGBT»?

Abdel Aïssou: Une telle demande est clairement irrecevable chez nous.

Numa: Une chronique de France Info diffusée le 20 septembre disait clairement qu’il faut éviter de dire à ses collègues que l’on est homosexuel, au même titre qu’il faut éviter de dire qu’on est malade ou qu’on a des problèmes d’alcoolisme. Quel est votre avis sur cette question?

Abdel Aïssou: Notre engagement gay-friendly garantit à nos salariés LGBT qu’ils ne seront pas victimes de discrimination dans leur déroulement de carrière. Et en appui sur le code déontologique du groupe, ne seront pas l’objet de plaisanteries ou propos homophobes. Cet engagement de l’entreprise n’induit pas l’obligation de faire un coming-out. C’est tout simplement le respect de la vie privée. Sur la question de la maladie, je vois deux choses: tout d’abord, c’est une affaire privée, qui à mon sens, ne relève pas d’échanges dans le cadre de l’entreprise. Mais par ailleurs, l’entreprise peut créer des dispositifs d’aide. Ainsi, chez Randstad, nous travaillons sur le retour en emploi après un congé longue maladie.

Christelle: Selon votre expérience, est-il risqué d’indiquer, dans ses centres d’intérêt, sur son CV, qu’on est membre d’une association LGBT?

Abdel Aïssou: Je ne suis pas fan du CV anonyme. Si cet engagement est «un plus» pour illustrer vos compétences professionnelles ou la marque d’un engagement citoyen, il me paraît tout à fait possible de le mettre. Je précise qu’il faut bien marquer l’absence de confusion entre sphère privée et professionnelle. Cette mention doit se mettre en appui des compétences mises en avant.

Catherine: Bonsoir. Quel état des lieux de l’homophobie dans l’entreprise pouvez-vous dresser? Et que faire pour y remédier?

Abdel Aïssou: Nous n’avons pas de point zéro. Nous avons inscrit la lutte contre l’homophobie sur le même plan que notre refus de toutes les autres discriminations. Nous avons eu le souci d’aller plus loin en créant des outils permettant de tracer les pistes de progrès en partenariat avec l’Autre Cercle, nous avons créé Quickscan, un outil d’auto-diagnostic.

Paul: Bonjour. Sélectionnez-vous les entreprises avec lesquelles vous travailliez sur des critères gay-friendly? Du moins quand c’est possible…

Abdel Aïssou: Nous avons une clause RSE [Responsabilité sociale des entreprises, ndlr] dans nos appels d’offre pour nous assurer que nos fournisseurs s’engagent à être conformes à notre politique de non-discrimination.

Philippe: Je fais actuellement un bilan de compétences à Dijon. Dès la première séance, en raison d’un bon feeling entre le professionnel et moi, je n’ai pas caché mon homosexualité. J’ai eu tort ou raison?

Abdel Aïssou: Si vous pensiez qu’il était opportun de le faire, pourquoi pas. Pardon d’insister, mais il faut rester calé sur un plan professionnel. Pour être très clair, cela ne m’apparaît pas spontanément un élément d’un bilan de compétences.

Alice: Concrètement, comment se traduit l’attachement de Randstad à la diversité?

Abdel Aïssou: D’abord, cet attachement se traduit de manière concrète dans nos process de recrutement. Nos process garantissent un recrutement sans discrimination. Ils sont vérifiés par l’Afnor dans le cadre du double label égalité professionnelle Femmes/Hommes et Diversité. Concrètement, nous avons aussi créé un réseau de 50 agences référentes pour l’accueil de personnes en situation de handicap.

Silvio: Pensez-vous qu’il est important de signaler sa trans-identité dès le départ, si l’on est pré-transition?

Abdel Aïssou: Ceci m’apparaît utile dans un processus évolutif, notamment pour préparer le changement de code sécurité sociale.

Karim: Y a-t-il des métiers ou des secteurs que vous couvrez en particulier?

Abdel Aïssou: Nous couvrons tous les secteurs d’activité et tous les métiers. Par ailleurs, nous possédons des filiales leader telles Appel Médical (métiers du médical et para-médical), Expectra (intérim et recrutement des cadres) et notre cabinet de chasse de tête Randstad Search and Selection.

Pierre: Bonjour. Quels sont les pièges à éviter pour un candidat au recrutement lorsqu’il est face à la personne qui le recrute?

Abdel Aïssou: Le premier piège c’est de vouloir jouer un rôle. Et l’adage «chassez le naturel, il revient au galop» est aussi vrai en matière de recrutement. Concrètement, soyez vous-même, mais sans excès. Tout est affaire de mesure.

Catherine Tripon [porte parole de L’Autre Cercle, ndlr]: Pour rebondir sur la question de Numa, le coach qui a répondu sur France Info qu’il ne fallait pas le dire a ses collègues est mauvais. Je ne recommande jamais de le/ou dire sauf si on assume parfaitement, si on a un profil recherché par un employeur ou parce que l’environnement le permet. Cependant, la porosité vie privée/vie professionnelle rend de plus en plus difficile la non-visibilité. Le seul moyen d’en sortir c’est de faire émerger le sujet dans les politiques RH. Le Quickscan que nous allons présenter avec Randstad va donner des pistes pour ne plus ignorer le sujet.

Abdel Aïssou: Merci Catherine de cette précision importante.

Jean-Laurent: Je viens de regarder votre site internet et je ne trouve pas département dédié au recrutement digital, vous avez besoin d’aide?

Abdel Aïssou: Notre entreprise est 2.0 et nous avons au sein de notre direction des services informatiques, nous avons bien entendu un service dédié.

Fabien: Un étudiant peut-il se rendre chez Randstad pour trouver un emploi saisonnier (de type ouvrier par exemple) durant l’été? Si oui, devra-t-il payer pour être inscrit chez Randstad?

Abdel Aïssou: Évidemment non. Payer pour travailler me paraîtrait curieux. Vous pouvez vous rendre dans l’un de nos points de présence en France ou sur nos sites internet et consulter toutes les offres d’emploi disponibles.

Yagg: Le chat est bientôt terminé…  Le mot de la fin à notre invité.

Abdel Aïssou: Je suis impressionné par l’audience du site, dont témoigne le nombre de réactions. Je voudrais redire ma fierté d’être partenaire de Yagg Pro et toute mon amitié à Christophe et ses équipes.

 


Ce chat vous est proposé par Yagg et l’association CDS LGBT,
avec le soutien de l’Institut Randstad.