Dans le film All About Eve (Joseph L. Mankiewicz, 1950), le critique de théâtre Adison DeWitt explique à une apprentie actrice, Miss Caswell (Marylin Monroe), que la «télévision n’est rien d’autre qu’une succession d’auditions». Dans les années 50, il était de bon ton de railler le petit écran. Soixante ans plus tard, ce média est devenu adulte et propose des productions ambitieuses, pour cinéphiles et amateurs/trices de séries exigeant-e-s, alors qu’Hollywood drague désespérément le public adolescent à grands coups de blockbusters survitaminés et formatés. Avec Mildred Pierce, superbe minisérie réalisée par Todd Haynes et produite par HBO, la télé nous offre ainsi ce qu’elle a de meilleur et donne à Kate Winslet un rôle en or.

UNE MÈRE AIMANTE ET SACRIFICIELLE
Publié en 1941, le roman Mildred Pierce de l’auteur américain James M. Cain (Double indemnité, Le Facteur sonne toujours deux fois) avait tout pour plaire au Hollywood de cette époque, qui en fit une adaptation réalisée par Michael Curtiz et sortie en 1945. En pleine guerre, le public des salles de cinéma est essentiellement composé de femmes et l’industrie du rêve doit leur proposer des portraits de femmes fortes et déterminées. Avec Joan Crawford dans le rôle titre, Mildred Pierce est un film noir, à l’intrigue dominée par la résolution d’un meurtre et le portrait d’une mère et d’une fille en constante confrontation.

AUX SOURCES DU ROMAN
La minisérie proposée par Orange Ciné Max et réalisée par Todd Haynes revient aux sources du roman. Mildred Pierce est une femme divorcée qui vit à Glendale, près de Los Angeles, dans les années 30, en pleine crise économique. Elle doit travailler pour assurer un avenir à ses deux enfants. La plus âgée, Veda, est une vraie peste: elle méprise sa mère qui doit faire des gâteaux pour gagner sa vie. Archigâtée par une mère aimante et sacrificielle, Veda va pourtant lui en faire voir de toutes les couleurs… Mais c’est aussi le choc de deux ambitions et même si Mildred a toute notre sympathie, le malicieux Todd Haynes fait de Veda une talentueuse garce, qui veut réussir à tout prix et ne s’en tire pas si mal.

TODD HAYNES REVENDIQUE LA LENTEUR
Plutôt qu’un film noir, Todd Haynes a choisi le réalisme pour son adaptation et une certaine lenteur. Certains critiques lui ont justement reproché un manque de rythme. Ce à quoi il répondait en avril dernier, lors de la diffusion de Mildred Pierce aux États-Unis, dans une interview à Vulture: «Je pense que c’est une bonne chose pour nous, à une époque où l’on est constamment distrait et où l’on passe son temps sur les instruments électroniques, avec les textos et l’info rapide, de faire l’expérience de suivre la vie de quelqu’un sans à coups hystériques…»

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