Sur son site internet, Janet Museveni, la femme du président ougandais Yoweri Museveni, se présente comme une femme politique engagée dans des actions de charité. Mais pour l’ambassadeur américain en poste à Kampala (la capitale de l’Ouganda), la «First Lady» ougandaise est surtout la principale instigatrice de la loi anti-gay.

Surnommé «Kill the gays bill», ce texte prévoit de durcir la législation actuelle punissant l’homosexualité et de condamner à la prison à vie et à la peine de mort des homosexuels récidivistes et séropositifs. Il a été très largement condamné par la communauté internationale, à l’instar de l’ONU, qui l’a qualifié de «violation flagrante des normes internationales», ou de l’Allemagne et des États-Unis, qui ont menacé les autorités ougandaises de revoir le montant de leur aide au développement.

Jusqu’à présent, les câbles diplomatiques mis en ligne par WikiLeaks laissaient penser que l’artisan de la loi était le parlementaire ougandais chrétien David Bahati (lire WikiLeaks: Pourquoi des politiciens ougandais lancent une chasse anti-gays en vue de la présidentielle). Les derniers câbles publiés apportent un éclairage nouveau sur les têtes pensantes de cette proposition de loi.

«UNE FEMME TRÈS EXTRÊME»
L’ambassadeur américain Jerry Lanier y relate un entretien privé qu’il aurait eu en 2009 avec le principal conseiller du président, John Nagenda. Au cours de l’entretien, le conseiller aurait décrit le président Museveni comme quelqu’un d’«assez excessif quand il s’agit d’homosexualité» tout en indiquant qu’«il sera probablement amené à reconnaître les dangers d’un passage de la loi anti-gay au Parlement». Mais, surtout, il aurait désigné la «First Lady» Janet Museveni, décrite comme une «femme très extrême », comme étant «derrière cette proposition de loi».

Toujours sous le sceau de la confidence, le conseiller aurait ajouté que le plus virulent partisan du texte était le ministre de l’Éthique et de l’Intégrité Nsaba Buturo. Ce dernier, dépeint comme un «gars très mauvais», serait notamment responsable d’une campagne d’arrestations de masse au début des années 1980. Le ministre zélé utiliserait désormais la législation anti-gay pour redorer son blason sur la scène politique nationale.

John Nagenda aurait conseillé aux États-Unis et aux autres donateurs de s’abstenir de condamner publiquement l’«Anti-Homosexuality Bill» car, selon lui, cela alimenterait la rhétorique anti-homosexuelle et anti-occidentale de ses promoteurs.

MISE EN GARDE DES ÉTATS-UNIS
Dès lors, on comprend mieux la récente mise en garde des États-Unis à l’intention des autorités ougandaises. Par la voix de son secrétaire d’État aux affaires africaines Johnnie Carson, l’Administration Obama a en effet rappelé sa volonté de «surveiller toute législation anti-gay et lesbienne».

«J’ai parlé aux plus hauts responsables du gouvernement ougandais à propos de ce problème», a ainsi expliqué le secrétaire d’État au site américain The New Civil Rights Movement. «Notre ambassadeur et notre ambassade à Kampala continueront à surveiller toute législation anti-gay et lesbienne, et nous nous exprimerons énergiquement pour empêcher son passage», a-t-il ajouté, soulignant qu’il était encore «prêt à donner de la voix» si nécessaire.

En Ouganda, l’homosexualité est déjà passible de 14 ans de prison. Militer pour les droits des LGBTI s’avère très dangereux. L’année dernière, l’activiste David Kato a été assassiné dans sa maison après avoir reçu des menaces de mort. Peu de temps auparavant, il avait été outé par un tabloïd national.

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