L’association dijonnaise CIGales a officiellement inauguré  le 9 septembre dernier Dimmagay, pour «dépistage en milieu associatif gay». Ce service, dans les locaux de l’association, s’adresse aux gays séronégatifs et séropositifs, pour un dépistage du VIH et des IST, le résultat du test VIH étant donné en 30 minutes. Une offre de dépistage mais aussi d’accompagnement avec du personnel infirmier et médical mais également associatif.

Bruno Chautemps, chargé de projet en santé communautaire, et Romain Chappaz, co-président de CIGaLes, nous présentent les objectifs de Dimmagay et en font un premier bilan, quatre mois après l’ouverture. De son côté, Olivier (le prénom a été changé) qui utilise régulièrement le dispositif, nous explique pourquoi.

Pourquoi les gays viennent-ils faire le test à Dimmagay, quelles sont leurs motivations? Le profil des consultants est hétérogène et les motivations à venir à Dimmagay sont multiples. Beaucoup d’entre eux évoquent la possibilité de parler simplement et librement avec des pairs de sujets souvent délicats à aborder dans un contexte médical strict comme par exemple les pratiques sexuelles, le multi-partenariat, les prises de risques occasionnelles ou régulières, l’homosexualité…

Les hommes qui sont déjà venus étaient bien entendu aussi attirés par le fait de pouvoir repartir avec le résultat de leur test à lecture rapide du VIH, tout en se dépistant également pour les Infections sexuellement transmissibles (IST): syphilis, hépatites B C, dans l’idée de faire un «check-up».

Les consultants apprécient de pouvoir à la fois compter sur des représentants associatifs pour pouvoir parler «cul» à des semblables, et en même temps compter sur le binôme infirmière plus médecin pour les aspects plus médicaux du dépistage: prélèvements, symptômes, résultats, etc.

À quels besoins répondez-vous par rapport aux dispositifs plus classiques (CDAG, laboratoires de ville)? Dimmagay est une nouvelle offre de santé pour les hommes gays et bisexuels complémentaire de l’offre de dépistage déjà existante. Le CDAG de Dijon est le partenaire avec lequel Dimmagay a été construit.  À ce jour dans la région Bourgogne, Dimmagay est le seul lieu à proposer le test à lecture rapide pour le VIH (résultat en 30 minutes) et la combinaison systématique avec le dépistage de la syphilis et des hépatites B et C.
L’originalité du dispositif est la complémentarité médico-associative, dans un lieu identifié comme communautaire (donc non médicalisé), dans une ambiance détendue où on peut se poser un moment sur un canapé, prendre une boisson, discuter un instant avant de commencer le dépistage, etc.

Dimmagay offre la possibilité – et c’est l’objectif majeur – de se dépister régulièrement pour le VIH et les IST, en pouvant venir autant de fois qu’on le souhaite sans subir de remarques désobligeantes, y compris en dehors d’un moment où l’on croit avoir pris un risque.

Comment se passe concrètement une consultation? À Dimmagay, on peut donc savoir où l’on en est dans ses sérologies en toute simplicité et en dédramatisant le dépistage. Une consultation type se déroule en quatre étapes, le tout en environ 45 minutes:
1/ accueil communautaire par un associatif: présentation, informations, auto-questionnaire anonyme,
2/ l’infirmière prend le relais et effectue le prélèvement sanguin,
3/ l’entretien avec le permanent associatif permet au consultant d’évoquer librement tout aspect de ses pratiques et de sa sexualité,
4/ le médecin rend le résultat du test à lecture rapide du VIH, rappelle les symptômes et les délais d’incubation des différentes IST, peut sur demande procéder à un rapide examen clinique.
Chaque étape se réalise dans une pièce différente, garantissant la confidentialité des échanges.

Pourquoi avez-vous ouvert le dispositif aux séropositifs? Parce que c’est souvent encore plus difficile pour un gay séropositif de trouver un interlocuteur non jugeant pour parler de sa sexualité. Parce que les gays séropositifs sont encore plus touchés par les IST (syphilis et notamment hépatite C) que les gays séronégatifs. C’est un lieu où il est possible en toute quiétude de parler de soi, de ses envies, de ses craintes… En cela, le service des maladies infectieuses du CHU de Dijon informent leurs patients gays séropos de l’existence de Dimmagay et de l’opportunité que cela leur offre de se faire dépister pour les IST plus souvent, plus régulièrement et en complément du suivi hospitalier.

Comment faites-vous connaître ce dispositif? Faire connaître Dimmagay est un effort permanent! Nous avons conçu et diffusé des affiches et des tracts dans les commerces LGBT et gay-friendly de Dijon et la région. Pendant les activités de CIGaLes, nous avons largement communiqué auprès des adhérents bien évidemment et nous allons à la rencontre des hommes qui draguent sur un lieu extérieur, fréquentent les établissements locaux de consommation de sexe. Nous assurons des présences et des chats sur cinq sites de rencontres par internet et smartphone.  Le site internet de l’association explique, parmi l’ensemble des activités proposées en cours d’année, ce qu’est Dimmagay. Le plus célèbre des réseaux sociaux est également mis à contribution via le profil CIGaLes.

Espérez-vous pouvoir être financé par l’État dans le cadre de son soutien aux programmes de dépistage communautaire? Oui! L’appel à projets se veut un soutien aux activités de dépistage rapide du VIH. Nous espérons que l’État saura soutenir une nouvelle offre de dépistage délocalisé qui ne s’arrête pas au seul test à lecture rapide du VIH. Nous allons bientôt recevoir la réponse…

Est-ce que cela a été difficile de convaincre les financeurs et la ville de Dijon s’est-elle impliquée dans ce financement? CIGaLes est co-financée pour Dimmagay par l’Agence Régionale de Santé de Bourgogne et Sidaction avec le soutien du fonds de dotation Pierre Bergé. Malgré un contexte budgétaire difficile, ces deux institutions ont soutenu la construction de cette nouvelle activité de dépistage hors les murs depuis son commencement. Le CHU de Dijon apporte quant à lui les moyens humains de la CDAG et supporte les coûts techniques du dépistage.

La Ville de Dijon soutient également Dimmagay et s’implique indirectement en mettant à disposition de CIGaLes le local qu’elle occupe aujourd’hui.

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