Secrétaire des associations LGBT Réunion et Le Refuge 974, Stéphane Ducamp pousse un coup de gueule sur le manque de visibilité des personnes LGBT et sur l’homophobie à la Réunion [les intertitres sont de la rédaction].

«LE PARADIS EST-IL SUR TERRE OU À TAIRE???», PAR STÉPHANE DUCAMP
L’île de la Réunion située à 10000km de la métropole, dans l’Océan Indien, compte plus de 900000 habitants. La population est une mosaïque d’ethnies et de religions.
À la fin de l’année dernière sont nées, la LGBT, la délégation de SOS Homophobie, et depuis peu est en train de se mettre en place la délégation du Refuge en devenir.

Il y a quelques jours le maire de Paris Bertrand Delanoë a rendu visite à Nassimah Dindar, présidente du Conseil général de la Réunion.
Quand on sait que depuis mi-juillet nous demandons à être reçus en tant que LGBT, SOS Homophobie, ainsi qu’en tant que Refuge par le Conseil général, nous dirons que la colère nous est montée.
Quand on sait qu’il n’en est guère mieux de nos requêtes auprès du Conseil régional.
Quand on sait que les mairies jouent à cache-cache avec nous.
Quand on sait que majoritairement les élus réunionnais ont voté contre le mariage gay…
Quand s’est ouvert un procès aux assisses de St Denis pour délit à caractère homophobe sans qu’aucun des représentants du peuple ne se prononce sur le sujet.

On finit par voir rouge et non pas rose.

«LE TOURISME GAY EST PORTEUR SANS EFFORT»
Mais qu’en est-il de la situation de la communauté LGBT sur l’île de la Réunion?
Après tout, et après quelques rendez-vous avec de rares hommes politiques réunionnais, Madame le député maire de Saint Paul Huguette Bello (une des rares à avoir voté favorablement** concernant le mariage gay), et Monsieur le député René Paul Victoria (lui ayant voté contre), voilà ce que l’on pourrait traduire de leurs pensées, Madame Bello exceptée.
Pensées fortement répandues auprès de nos concitoyens réunionnais…

Après tout, n’y a-t-il pas ou si peu d’homosexuels sur l’île de la Réunion:
Si l’on prend le temps de se promener dans les villes de notre île, vous ne trouverez aucun drapeau, ni autocollant rainbow. Aucun signe de la présence d’une communauté gay, rien absolument rien, ce 10% de la population n’a pas besoin de revendiquer une appartenance, pas nécessaire ici.
Si peu nécessaire qu’il y a quelques années IRT s’était lancé dans un charte friendly «Gay» tombée en désuétude par manque de participants, et «C’est là que les Athéniens s’atteignirent, et que les Satrapes S’attrapèrent…». Personne ne revendique cette charte, tellement le tourisme gay est porteur sans effort.

Les lieux conviviaux sont légion, pas besoin d’endroits glauques ou l’on pourrait se prendre cailloux ou coups de couteaux (procès aux assises)…
Pas besoin de jouer au chat et à la souris (chaude) comme en Jamaïc (lieux de drague nocturne).
Non pas besoin!!!

Tout ici se vit en parfaite harmonie.

«L’ÎLE AUX ENFANTS»
Après tout la Réunion n’est qu’une île de tolérance, l’île aux enfants:
Ici pas de suicide gay chez les jeunes. La région met des filets aux ponts pour ne pas salir le paysage…
Ici les 13 fois plus de risques de suicides sont inconcevables, la famille et la religion veillent sur leurs enfants.
Nous les avons rencontrés en métropole, 20 ans partis faire «carrière» ailleurs, pour «leurs études» loin de leurs familles qui les aimaient tant. Des filles, des gars épuisés par le regard des autres, des Amélie, des Vincent.
Non pas d’homosexuels à la Réunion… Ils partent.
Ils filent vers d’autres horizons plus propices à leur épanouissement, voilà comment l’harmonie voit le jour.
Rien d’étonnant que pour le moment ce soit «bonne band zoreilles»* qui lutte pour la reconnaissance des droits LGBT.
Même si comme ils disent «Mais ce n’est pas représentatif». Oui mais les créoles craignent la moukate, qui va bon train sur un territoire de 2500 km²,
séparé en 4 zones bien distinctes, nord, ouest, sud et est pour l’horizontal, et bas et haut à très haut pour la verticale. Vous imaginez la peur du «qu’en dira-t-on» dans des zones aussi réduites. Et la moukate (entendez médisance) elle court sans avoir trop à parcourir.

Les S. en dépression nerveuse depuis des mois du fait des quolibets ordinaires de ces collègues,
les «si ma fille est lesbienne je la brûle»,
les week-ends d’exorcisme sur des adolescents ,
les «ma mère veut que je brûle les photos de ma copine»,
les «mon patron m’a virée parce que je suis lesbienne»,
les «mon père m’a obligé à coucher avec une femme»,
les «ma mère est homophobe»,
les P. tabassé à Saint Pierre,
tout cela n’existe pas… Ou si peu!

«APRÈS TOUT IL N’Y A PAS D’HOMOPHOBIE À LA RÉUNION»
Après tout il n’y a pas d’homophobie sur l’île de la Réunion:
Elle n’existe tellement pas que quand il s’agit de témoigner sur le petit écran, en l’occurrence sur RFO Première, (et ceci même à voix déformée et à visage caché) personne n’en voit l’utilité…
Un infirmière non (c’est un accord avec son associée)
Un éducateur non (si jamais les parents voient ça ils vont penser que je suis pédophile)
Un restaurateur (non j’ai pas envie qu’il y ait connotation et je pourrais perdre des clients)
Tellement pas d’homophobie que nos hommes politiques, hésitent, mais hésitent, mais hésitent à nous rencontrer.
Juste des absences de réponses, juste des rendez-vous remis, le fichier Excel fonctionne en termes de calcul électoral!!!
Après tout pourquoi discuter d’une chose qui n’existe pas! (Que Dieu m’entende)
Alors?
Il n’y pas d’homophobie à la Réunion, juste des coups de couteau, des phrases ordinaires, quotidiennes, des PD par-ci par-là, des gouines juste pour rire…
Des «chez vous qui fait l’homme qui fait la femme».
Et chez vous que fait l’Homme, et que fait l’infâme?

Stéphane Ducamp, Secrétaire LGBT Réunion & Le Refuge 974

* on pourrait traduire par «bande de métropolitains».
** Son nom n’apparaît pas dans la liste des député-e-s ayant participé au vote [ndlr]