En ce jour de rentrée, alors que la polémique sur l’introduction, dans les manuels de Sciences de la Vie et de la Terre (SVT) des classes de première, de paragraphes sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre (ce que les opposants à cette introduction appellent «théorie du genre»), n’est pas près de s’éteindre puisque Luc Chatel, le ministre de l’Éducation, s’est dit favorable à une mission parlementaire sur le sujet, Delphine Philbert, auteure de Devenir celle que je suis (et blogueuse, notamment sur Yagg), s’interroge: se pourrait-il que les député-e-s UMP qui demande le retrait de ces manuels aient raison? Pour répondre à cette question, elle en pose d’autres: qu’est-ce qu’une norme? Qu’est-ce qu’un-e spécialiste? Qu’est-ce que l’identité de genre? [Les intertitres sont de la rédaction].

THÉORIE DU GENRE: ET SI LES DÉPUTÉS UMP N’AVAIENT PAS TOTALEMENT TORT? PAR DELPHINE PHILBERT
Vous allez penser «mais que vient faire un tel article sur Yagg?» et pourtant la question est sérieuse, très sérieuse et je suis la première à considérer que le sujet doit être abordé par ce biais.

Vous me connaissez un peu au travers de mes interventions sur Yagg, j’essaie de faire réfléchir sur le sujet de l’identité de genre et son extrême diversité dans son expression.

En effet ce sujet est encore enveloppé de mystères, voire d’incompréhensions qui sont logiques car cette identité de genre est novatrice et quasi révolutionnaire après ces millénaires de certitudes sur le fait que le sexe biologique induit le sexe social, ce que nous appelons la binarité de la société.

Nous sommes tous, oui tous, imbibés par cette notion binaire de la société, moi-même je le suis, sinon pourquoi aurais-je fait une transition?

Posez la question autour de vous, même dans le milieu gay ou lesbien, vous aurez la réponse quasi certaine qu’un homme est défini par ses organes mâles, et qu’une femme est définie par ses organes femelles. Le meilleur exemple est la définition donnée à un bébé a sa naissance: vous dites «c’est un garçon ou une fille» et non «c’est un mâle ou une femelle»…

Or les trans’ sont là pour démontrer que ce postulat est faux. Mais je vais revenir à la question type, titre de cet article.

Les députés UMP ont-ils raison?

LA NATURE ET L’ÉVOLUTION SONT INTIMEMENT LIÉES À CETTE NOTION DE REPRODUCTION
Que vous soyez croyants ou non, la société considère que l’homme et la femme sont soient la conséquence d’une loi divine, soient la conséquence d’une loi naturelle et que leur identité est définie soit par Dieu, soit par l’évolution et que l’objectif de cette loi est la reproduction. Ce dernier point est, en effet, important: la nature et l’évolution sont intimement liées à cette notion de reproduction, le postulat pour l’espèce humaine est que la «norme» est l’hétérosexualité.

De fait, pour la majorité des individus vivant sur cette planète ce postulat semble logique, comme semble logique le postulat que l’identité sexuée des individus est définie par l’aspect des organes génitaux. Personnellement, jusque peu, j’étais convaincue de la justesse de ces deux postulats, à mon plus grand désespoir d’ailleurs.

Accepter comme infaillibles ces deux postulats ne devrait pas être incompatible avec le respect des droits humains et, de facto, le respect d’autrui qu’elle que soit la définition qu’il se donne.

Il est donc logique que ces députés UMP refusent autre chose que ces deux postulats.
Vous-mêmes, gay, lesbiennes et bi sur Yagg, avez bien du mal à accepter la notion d’identité de genre et même un certain nombre de trans’ sont encore dans une logique de «maladie à soigner» pour rentrer dans le moule de la société binaire.

Revenons à notre question initiale.
Comme expliqué ci-dessus, ces deux postulats sont acceptés par la plus grande majorité des individus car ils ne remettent absolument pas en cause leur mode de vie, cela en fait-il une norme pour autant?
Pour la majorité, la réponse est «oui». Pourquoi remettre en cause une norme qui semble si bien marcher depuis des millénaires?

D’autant plus quand des spécialistes sont là pour confirmer que cette norme est logique, naturelle et que bousculer cette norme ne mènerait qu’à la dissolution de ce qui fait la société.

Je peux sans problème me permettre de parler de ce que sont les spécialistes pour deux raisons:
– la première, mon métier, vétérinaire; le diplôme, que j’ai, fait de moi une vraie généraliste, pas dans le sens du médecin généraliste qui a vu la plus grande majorité de ses compétences retirées au profit desdits spécialistes. Depuis le début de mon exercice, j’ai vu au cours des ans apparaitre des spécialistes dits de fait qui avait approfondi leur connaissance dans un sujet qui leur tenait à cœur. Certains l’ont fait avec «loyauté» vis-à-vis des autres vétérinaires ne ménageant pas leur peine pour partager leurs connaissances afin que les «généralistes» puissent progresser, mais d’autres ont tenté et tentent encore de monopoliser leurs connaissances usant de moyens parfois peu glorieux;
– la deuxième est la simple conséquence de mon parcours personnel qui, associé à ma connaissance du monde médical (vétérinaire certes), m’a permis de mieux cerner certains spécialistes auto proclamés, que nous pourrions appeler «spécialistes de fait».

Que font les profanes lorsqu’ils cherchent à se renseigner sur un sujet inconnu: ils se renseignent, et quoi de plus naturel que de se tourner vers les spécialistes de la question.
Nous le faisons tous!

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