En se rendant chez un dentiste à La Rochelle, Cyrille Vezzoli ne se doutait pas de la situation plus qu’embarrassante à laquelle il allait être confronté. Alors qu’il remplissait son dossier médical, le professionnel de santé aurait refusé de le soigner, raconte le trentenaire à l’AFP. «Quand je lui ai dit que j’étais pris en charge à 100% par la Sécurité sociale en raison de ma séropositivité, il m’a dit qu’il ne pourrait pas me soigner», explique Cyrille Vezzoli.

RÉVOLTÉ
Révolté mais également sous le choc, Cyrille Vezzoli n’y croit pas. Pourtant, le patient n’est pas au bout de ses peines: «Il m’a expliqué que les séropositifs doivent aller à l’hôpital car cela comporte beaucoup trop de risques. J’en suis resté totalement abasourdi».

Désemparé par les propos du dentiste, le patient est humilié. «Je lui ai demandé s’il était sérieux et il m’a dit oui, je me suis senti rabaissé et cela m’a renvoyé à ma condition de séropositif et j’ai ressenti la même chose que lors de l’annonce de ma séropositivité il y a 18 ans».

Suite à cet échange, Cyrille Vezzoli a décidé de contacter la Sécurité sociale ainsi que d’envoyer une lettre au Conseil départemental de l’Ordre des dentistes.

«SANCTIONS DISCIPLINAIRES»
Bertrand Courty, conseiller départemental de l’Ordre des dentistes de Charente-Maritime affirme n’avoir «aucune nouvelle pour le moment» ni reçu aucune lettre du patient. Si les faits s’avèrent exacts, le dentiste risque «des sanctions disciplinaires graves qui peuvent aller d’une interdiction temporaire d’exercice ferme ou avec sursis», a souligné Bertrand Courty.

Joint par Yagg, Antoine Henry, de Aides n’est pas étonné par cette affaire qui «devient monnaie courante». Dans une enquête de l’association datant de 2009, 48,4 % de personnes séropositives disent avoir été victimes de discrimination au moins une fois dans le domaine médical. Une forte augmentation qui inquiète car en 2005, le chiffre était de 44 %. Antoine Henry souligne l’humiliation et le mauvais traitement des patients séropositifs chez certains dentistes: «Des personnes séropositives ont reçu l’interdiction de cracher dans le crachoir après avoir été soigné. Elles sortent la bouche en sang de chez le dentiste».

INDIGNATION DE ROSELYNE BACHELOT ET DE NORA BERRA
Choquée par cette affaire, Roselyne Bachelot, ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale s’est exprimée ce vendredi au micro de BFMTV/RMC: «Je veux vous exprimer mon indignation totale devant cette attitude et la condamner de la façon la plus formelle».

Quant à Nora Berra, secrétaire d’État chargée de la Santé, elle indique dans un communiqué que «discriminer les patients, c’est les priver de leurs droits fondamentaux: c’est inacceptable et choquant». «Si ces faits étaient avérés, poursuit le communiqué, cela constituerait, de la part du dentiste, un refus de soins constitutif d’une faute déontologique, pouvant donner lieu à des sanctions prononcées par la chambre disciplinaire des chirurgiens-dentistes placée auprès du Conseil de l’Ordre, mais également d’une discrimination pénalement réprimée».

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