Luc Chatel

Luc Chatel

«Le ministre de l’Éducation nationale n’est pas chargé d’éditer les manuels. Le ministère est chargé de rédiger les programmes.» Invité de RTL Midi ce mercredi 31 août (écouter l’entretien, à partir de 3’51), Luc Chatel, le ministre de l’Éducation, a clairement fait comprendre qu’il n’avait pas l’intention de retirer les manuels de SVT (Sciences de la Vie et de la Terre). «Les éditeurs ont une totale liberté éditoriale, a-t-il insisté, ce n’est pas le ministre de l’Éducation nationale, ce n’est pas le ministère qui exerce droit de vie et de mort sur un manuel ou qui adresse un imprimatur et qui indique que tel ou tel ouvrage est conforme ou non aux programmes.»

Le ministre de l’Éducation répondait à la lettre que lui ont adressé 80 député-e-s, selon lesquels les manuels destinés aux classes de première ES et L feraient référence à la «théorie du genre sexuel», une référence inadmissible à leurs yeux (lire Théorie du genre: 80 députés réclament le retrait des manuels de SVT).

«LIBERTÉ PÉDAGOGIQUE»
«Il y a un programme précis, qui évoque l’identité sexuelle et qui évoque l’orientation sexuelle, a-t-il affirmé. C’est une avancée importante à l’adolescence d’évoquer ces questions. Par contre dans ce programme il n’est fait nullement référence à la théorie du genre. Certains éditeurs et pas tous ont voulu pour illustrer le programme faire référence à la théorie du genre. Ensuite c’est aux enseignants de décider dans le cadre de leur liberté pédagogique s’ils veulent ou non aborder ces questions.»

«Nos interventions en milieu scolaire montrent que les jeunes abordent ces questions, parce qu’ils sont en contact dans les médias et dans la société avec les questions d’orientations sexuelles et d’identité de genre», rappelle le Mouvement d’Affirmation des Jeunes gais, lesbiennes, bi et trans (Mag) dans un communiqué, qui poursuit: «C’est donc plein d’espoir, mais en conservant une certaine prudence, que le Mag soutient cet ajout dans les programmes scolaires, et se porte volontaire pour venir dans les lycées d’Ile de France organiser ses interventions en milieu scolaire qui sont maintenant au programme».

C’est d’abord de la gauche, et en particulier du Parti socialiste, que sont venues les réactions à la lettre des député-e-s. «On attend avec impatience la prochaine lettre de ces Torquemada de fin d’été au ministre de l’éducation nationale pour réclamer, par exemple, le retrait de cette dangereuse théorie enseignée à nos enfants qui prétend que la terre est ronde et qu’elle tourne autour du soleil», ironise HES (Homosexualités et Socialisme), qui se dit «navrée de cette tentative d’intrusion de la majorité politique du Parlement, portant scrupuleusement la parole d’un lobby catholique, dans les programmes scolaires de nos enfants».

«INACCEPTABLE SUR LA FORME COMME SUR LE FOND»
«Cette tentative de députés est inacceptable sur la forme comme sur le fond, s’insurge pour sa part le Parti socialiste. Sur la forme, il n’appartient pas au pouvoir politique de déterminer le contenu des manuels, mais aux autorités scientifiques qui en sont chargées. Sur le fond, la droite montre une nouvelle fois sa vision totalement rétrograde des identités de genre. Cette volonté acharnée de masquer le caractère construit, culturel, social du genre féminin et masculin, de nier la diversité des identités sexuelles ne fait que révéler le refus de la droite des libertés individuelles et notamment sexuelles ou encore une vision archaïque de la place des femmes dans la société.»

Pour Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole de Ségolène Royal, «les familles qui ne savent pas comment acheter les dits manuels, et les professeurs qui s’interrogent encore pour savoir comment ils vont pouvoir exercer leur métier cette année apprécieront le sens des priorités de leurs députés».

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