Il y a quelques semaines, Bruno Wiel s’est inscrit discrètement sur la communauté Yagg. Bruno Wiel, qui nous a tellement impressionné-e-s avant et pendant le procès de ses agresseurs, par la force qui émane de lui. Nous avons eu envie de prendre de ses nouvelles et de mieux le connaître. Interview.

Tout d’abord, comment allez-vous? Ça va bien merci, enfin aussi bien que possible! J’ai toujours beaucoup d’heures de sommeil à récupérer depuis le procès: j’y ai largement dépassé mes limites en assistant à toutes les journées d’audience. De plus, les journalistes étaient là quotidiennement et n’en avaient jamais assez: matin, midi et soir, j’essayais de répondre au maximum tout en tentant de m’économiser afin de tenir jusqu’au verdict.

Le procès vous a-t-il fait du bien, ou au contraire vous a-t-il fait souffrir? Je suis soulagé que ce soit terminé et que mes tortionnaires n’aient pas fait appel. J’ai de plus été heureux que les membres du jury les aient condamnés à des peines plus lourdes que celles demandées par l’avocat général et que la circonstance aggravante de l’homophobie ait été reconnue pour chacun de mes quatre agresseurs.

Le procès s’est déroulé dans de bonnes conditions malgré la pression des journalistes, je me devais de ne faire aucun faux pas. J’ai eu la chance d’être très bien entouré: un de mes petits frères a pris 15 jours de congés sans solde pour m’accompagner, ma maman était aussi présente malgré sa santé fragile qui l’a empêché d’être là quotidiennement. Ils ont fait beaucoup pour moi depuis cette tentative de meurtre.

De plus, le temps entre ma sortie de l’hôpital et le procès a été très long: j’ai ainsi pu prendre connaissance de mon dossier pénal en plusieurs fois. J’ai ainsi vu mes avocats, Maitre Sophie Maltet et Maitre Cyril Dubois, à de nombreuses reprises dans leur cabinet. Une réelle amitié s’est créée. Ils ont fait beaucoup plus pour moi que de seulement assurer mes intérêts durant le procès: je les considère maintenant comme des amis.

Des membres de SOS homophobie, qui était partie civile au procès, étaient aussi présents chaque jour, je n’ai malheureusement pas eu beaucoup de temps à leur consacrer.

Malheureusement, bien que ces quatre «hommes» s’y soient engagés des le début du procès, je suis reparti du tribunal sans aucune réponse à mes questions: comment ai-je pu me retrouver dans ce véhicule? Dans ce parc des Lilas?

La question vous a été posée des dizaines de fois: où puisez-vous la force qui semble vous caractériser? J’ai en effet lu dans plusieurs articles ou entendu dans plusieurs reportages que je montrais une force, un courage, une dignité… C’est pourtant loin de ce que je pense de moi. Je suis plutôt quelqu’un de fragile physiquement maintenant: un virus traine, il est pour moi, sans mes 8/10h de sommeil je ne suis bon à rien…

De plus, j’ai de lourdes séquelles tout de même: j’ai beaucoup de mal à canaliser mon attention, à mémoriser, je dois tout noter jusqu’à ce que j’en sois physiquement incapable. Selon mon entourage, j’ai tenu tout ce temps uniquement par ma force de caractère, ma volonté qui m’a déjà permis tant de progrès non prévisibles. Les médecins avaient annoncé à ma famille de graves séquelles physiques: je devrais être en fauteuil roulant, incapable de vivre seul…

Vous êtes depuis quelques semaines sur la communauté Yagg, vous y avez créé un blog, qu’avez-vous l’intention d’y poster? Je suis resté en contact avec Caroline Mécary, qui était l’avocate de SOS homophobie. Elle a participé à un chat sur Yagg: j’ai ainsi découvert votre site. Concernant le blog, je n’ai fait qu’un article: je souhaite poursuivre mais je ne suis vraiment pas doué. Je souhaite créer ce blog uniquement pour rétablir certaines informations. En effet, je n’ai pas lu tout les articles parlant du procès mais j’ai d’ores et déjà noté que les journalistes ne se basant que sur les dépêches AFP (un journaliste était présent chaque jour aux audiences, avec lequel j’avais sympathisé) racontaient un peu n‘importe quoi. Afin de faire original, ces journalistes ont écrit de fausses informations: sur mes origines, ma religion… Je suis né à Rennes, ne suis donc pas parisien. Je suis comme ma famille, catholique mais non pratiquant… Je sais que le parallèle avec l’affaire Fofana était facile mais on ne peut pas tout écrire…

Actuellement, je diffuse les infos me concernant sur Facebook où lors du procès j’ai reçu beaucoup de demandes de contact et de messages: j’ai répondu à chacun. Une page de soutien a aussi été créée, je n’en suis pas créateur, j’y lis de jolis messages.