Le festival de cinéma russe Bok o Bok (Côte à Côte) a lancé une vidéo (ci-dessous) dans laquelle de jeunes gays et lesbiennes parlent de leur coming-out. Leurs proches y témoignent aussi de leurs réactions. Une sorte de projet Entourage LGBT auquel les LGBT participeraient également (et principalement).

La vidéo aborde les différentes étapes du coming-out: tout d’abord la crainte et l’incertitude, puis les efforts pour se comprendre mutuellement.

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Coming Out: Your Step towards Equality!

Pour en savoir plus à la fois sur Bok o Bok et sur cette campagne vidéo, Yagg a posé quelques questions à Manny de Guerre, fondatrice du festival (au centre de la photo, avec le pull rouge).

Qu’est-ce que le festival du film Bok o Bok? Dans la société russe, il y a beaucoup d’homophobie et de transphobie. Les personnes LGBT doivent faire face à un niveau sans précédent de préjugés et d’intolérance. Le gouvernement russe ne fait rien pour empêcher la discrimination et en est, au contraire, un acteur-clé, laissant libre cours à l’expression d’une haine et d’une discrimination grandissantes de la société envers les minorités sexuelles.

Bok o Bok, fondé à l’été 2007, est là pour résister à cette situation. Notre objectif – à travers des projections de films, des tables rondes, des séminaires, des ateliers et des expositions – est de chercher à créer un dialogue positif au sein de la société afin de combattre les stéréotypes négatifs qui existent à l’encontre des personnes LGBT et d’informer, d’éduquer et d’éclairer les gens sur les questions relatives à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre. Par notre travail nous cherchons à promouvoir le respect des droits fondamentaux des personnes LGBT et faire émerger une plus grande tolérance, une acceptation plus large de la visibilité des minorités sexuelles dans la société russe.

Le climat dans lequel nous travaillons est difficile. La première édition du festival, qui s’est tenue du 2 au 5 octobre 2008 à Saint-Pétersbourg, a été interdite par les autorités. La manifestation devait avoir lieu dans deux clubs, le Sotchi et La Place. À la veille du festival, des inspecteurs de la ville ont fait fermer les clubs pour des infractions aux règlements en vigueur sur les incendies. Il s’agissait naturellement de fausses accusations. Cette pratique est couramment utilisée par les autorités lorsqu’elles s’opposent à un événement qu’elles n’aiment pas. Ce n’était pas d’ailleurs pas la première fois que nous avions des problèmes avec les salles dans le cadre de cette première édition: le Dom Kino (cinéma d’arts et d’essai) et le Pik (un multiplex) ont annulé leurs partenariats avec le festival sous la menace des autorités.

En 2008, le festival a finalement eu lieu mais en milieu fermé. On a trouvé une autre salle et les gens ont été informés des heures de projections par le bouche à oreille.

De décembre 2008 à juillet 2009, dans la perspective de la deuxième édition du festival (du 23 au 31 octobre 2009), nous avons renforcé notre base de soutiens en travaillant avec d’autres festivals de cinéma (pour la partie projection de notre programme), en organisant des événements avec des instituts étrangers tels que le Goethe Institute et en organisant aussi nos propres projections.

En adoptant cette stratégie, nous avons envoyé un message clair au gouvernement: nous ne sommes pas près de disparaître, nous sommes ici pour rester et beaucoup de gens nous soutiennent et souhaitent un festival du film LGBT à Saint-Pétersbourg.

Du 23 au 31 octobre 2009, nous avons organisé le deuxième festival Bok o Bok de Saint-Pétersbourg. Les autorités ne se sont pas opposées à l’événement. Au total, 23 films ont été projetés, 8 tables rondes publiques avec des invités se sont tenues, et ce dans 9 sites différents de la ville. Dans la région, 2000 visiteurs ont assisté au festival du film, dont 20% s’identifiaient comme hétérosexuel-le-s.

D’octobre 2009 à ce jour, nous avons élargi la portée et l’étendue de nos activités. En 2010, nous avons porté le festival dans d’autres régions de la Russie: Novossibirsk, Kemerovo et Arkhangelsk. À Kemerovo et Arkhangelsk, les festivals ont été arrêtés par les autorités (comme à Saint-Pétersbourg en 2008). Ils se sont tenus en milieu fermé. À Novossibirsk, le festival s’est tenu sans problèmes. Nous avons eu 700 visiteurs.

Nous organisons également tout au long de l’année des manifestations ponctuelles à Saint-Pétersbourg et, en 2011, nous avons transposé cette programmation également aux régions.

Le 3e festival du film de Saint-Pétersbourg a été l’événement le plus libre et le plus ouvert que nous avons organisés. La cérémonie de clôture était retransmise par la télévision d’État et la couverture médiatique a été positive.

Pour 2011, nous prévoyons 5 festivals régionaux et un ensemble de manifestations à Saint-Pétersbourg et en régions. Le festival est pour tout le monde: LGBT et hétéros. Il est important que nous maintenions le festival dans des salles de cinéma et des clubs où les gens ont l’habitude d’aller, afin de parvenir à toucher un large public.

Lire la suite de l’interview et la traduction de la vidéo en pages suivantes.