Kyrian MaloneSi vous aimez la fanfiction, vous connaissez probablement le site Slayers’ Time. Depuis sa création en 2006, ses fondatrices, Kyrian Malone et Jamie Leigh ont lancé STEditions, vitrine de leurs romans lesbiens, et la plateforme d’actualités, de discussions et d’échanges pour les femmes lesbiennes/bi francophones Lez Echanges. Originaires respectivement de Guyane française et du sud de la France, les deux jeunes femmes (29 ans) viennent de quitter l’Irlande où elles vivaient depuis fin 2007 pour le Canada. Entre trois cartons de déménagement et deux démarches administratives, elles ont pris le temps de répondre – par la voix de Kyrian (photo) – aux questions de Yagg.

Entre Lez Echanges, Slayers’ Time et STÉditions, vous ne seriez pas un peu hyperactives? Dieu merci, nous ne gérons pas tous les sites. Une dizaine de personnes bénévoles assure l’administration de Lez Echanges et Slayers’ Time; nous fournissons simplement un serveur et assurons l’entretien technique. Le seul site que nous devons mettre à jour de temps en temps est celui de nos romans, STEditions.

Vous êtes avant tout auteures de fanfiction, et en particulier de femslash. Mais c’est quoi, le femslash? C’est un sous-genre des fanfictions, ces récits inspirés de séries télé, de films, de livres, de mangas. Dans le femslash, les auteurs mettent en scène deux personnages féminins et développent des intrigues centrées sur des relations saphiques. Pour les relations entre hommes, on parle de slash.

Pourquoi la fanfiction a-t-elle été inventée? Imaginez-vous à la fin du dernier épisode de Desperate Housewives ou à la dernière page du dernier James Ellroy… Quand il n’y pas de suite, naît la frustration du lecteur/téléspectateur… à moins d’avoir été déçu-e par une œuvre. C’est cette frustration qui est le principal moteur chez les auteur-e-s de fanfictions. Une frustration à laquelle se mêlent des fantasmes de voir se réaliser un scénario imaginé ou attendu. Le fantasme est à la base de tout et se conjugue avec l’impatience. Un auteur de fanfiction pourra non seulement écrire ou réécrire l’épisode d’une série mais il pourra réinventer toute une intrigue destinée à satisfaire son imagination et donc ses fantasmes: empêcher la mort d’un personnage, le tuer, le réconforter etc…

Dans 80% des histoires femslash et slash, l’idée est de mettre en exergue une relation sentimentale avec un autre personnage.
Sans pouvoir tous les citer, parmi les couples de femslash on retrouve Xena/Gabrielle, Buffy/Faith (Buffy contre les vampires), Alex/Oliva (New York Unité Spéciale SVU), Emily Prentiss/JJ. Jennifer Jareau (Esprits criminels), Hermione/Minerva (Harry Potter) etc.. Pour les couples slashs Lex Luthor/Clark Kent (Smallville), Hotchner/Reid (Esprits criminels), Harry Potter/Ron Weasley…

Beaucoup d’auteur-e-s commencent par l’écriture de fanfictions avant de s’exercer à la rédaction d’histoires originales. Cela permet d’apprendre à écrire, de peaufiner son style, de recevoir des critiques constructives ou des conseils des lecteurs. Avant de se lancer dans une fanfiction, il est préférable d’avoir une bonne maîtrise des personnages originaux: connaître leur personnalité, respecter leurs traits de caractère, leur psychologie à un stade précis du scénario. Les lecteurs sont parfois intransigeants dans leurs critiques.

Dans vos récits originaux, on retrouve un peu toujours les mêmes noms de personnages. Pourquoi? C’est une marque de fabrique et surtout un repère pour nous et nos lecteurs. Comme pour la fanfiction, à chaque nom, Sarah Leary, Faith Ryan, Danielle Reevers ou Kristen Adams, équivaut des traits de caractère, un physique, un tempérament. Les lecteurs identifient ces personnages d’une histoire à une autre comme ils pourraient suivre la filmographie de leurs actrices favorites au cinéma. Ils visualisent le physique qu’ils ont imaginé dans un roman précédent.

Le trailer de la trilogie Serial Killer:

http://www.youtube.com/watch?v=T1oKM6TEDDA

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur « Serial Killer » The trilogy – Trailer

Qui est votre public? Celui qui vous lit est-il celui pour lequel vous écrivez? Il est agréable de constater que notre public ne se restreint pas aux lesbiennes, aux hétéros ou aux femmes âgées de 20 à 30 ans. Nous écrivons des récits où les relations saphiques ont une place prédominante, mais nos récits abordent des thèmes et des genres variés qui s’adressent à tout le monde. Nos héroïnes sont flic, geek, prostituée, chef d’entreprise, voleuse professionnelle ou tueuse en série. Surtout, elles sont lesbiennes, parfois bi, nous les aimons femmes et leur sexualité est amenée de la plus naturelle des façons sans artifices ou interrogations existentielles.

Pourquoi le top 10 du box office ne présente-t-il pas des héroïnes sexy qui embrassent de jolies femmes? Pourquoi est-il si complexe de trouver des romans lesbiens qui ne soient ni des récits dramatique, ni des autobiographies relatant les joies sordides du coming-out? C’est ce manque de représentation lesbienne, telle que nous la concevons au cinéma, à la télé ou dans les livres, que nous comblons dans nos romans. Nous écrivons ce que nous cherchons dans notre culture populaire et supposons que notre public apprécie cette façon de la réactualiser.

Buffy dans un lit avec Faith, Bella qui toise Edward et sort avec sa sœur Alice ou Gabrielle qui tombe enceinte de Xena parce qu’une déesse de la fertilité l’aura décidé… C’est ce que nous voulons voir ou lire. Nous le produisons afin de partager notre vision des choses avec nos lecteurs.

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