C’est un tournant dans l’histoire de l’épidémie de sida. Pour la première fois, les crédits accordés par le ministère de la Santé aux associations qui œuvrent dans le champ de cette maladie sont amputés, et pour l’instant, elles se taisent sauf le Syndicat national des entreprises gaies (lire Le Sneg annonce que sa subvention est amputée de 14%)… Pour l’instant, car à l’occasion de notre enquête, plusieurs représentants d’associations ont accepté de sortir leur calculette et confirment à Yagg que la baisse des crédits est parfois sévère.

LES GROSSES ASSOCIATIONS VONT PAYER LE PRIX FORT
Pourtant, toutes les associations ne sont pas logées à la même enseigne. Il y a les grosses, qui vont payer le prix fort, et les autres, qui seront moins touchées. En effet, la Direction générale de la santé (DGS) a choisi de tailler dans les subventions de tout le monde selon un principe chiffré. Les associations qui recevaient l’an dernier une subvention supérieure à 135000€ voient celle-ci amputée de 14% en 2011, les autres subissent une baisse de 2%. Certaines ont eu chaud. Act Up-Paris, qui perçoit 125000€ de la DGS, passe tout juste… Le ministère aurait voulu s’éviter un zap qu’il ne s’y serait pas pris autrement.

Pour Aides et le Sneg, en revanche, ainsi que pour trois autres structures (qui ne sont pas identifiées), la baisse est brutale: le Sneg va perdre 90000€ de subventions pour 2011. Du côté de Aides, la baisse est encore plus spectaculaire: ce sont 500000€ d’aide du ministère qui s’envolent.

Pour la principale association de lutte contre le sida, qui a dû faire face en début d’année à des révélations sur les avantages en nature non déclarés d’un de ses anciens présidents, le choc est encore plus brutal puisque du côté des Agences régionales de santé, les coupes sont encore plus fortes: 600000€ en moins pour l’enveloppe prévention de Aides. Dans certaines régions, comme la Bourgogne, la baisse est de 50%. En tout, ce sont 1,1 million d’euros, sur les 7 millions du pôle prévention, qui n’entrent pas dans les caisses.

Conséquence immédiate: le magazine Remaides va être entièrement financé sur des fonds privés. La DGS aurait en effet souhaité que trois titres de la presse associative (Remaides, Transversal et le Journal du sida) fusionnent pour ne plus en subventionner qu’un seul. Incertitude également pour Séronet, le site d’infos et de convivialité pour les séropositifs.

« 2012 VA ÊTRE PIRE QUE 2011 »
Alain Legrand, directeur général délégué de Aides, joint par téléphone, lance, guère optimiste: « 2012 va être pire que 2011 ». Même s’il reconnaît que depuis l’arrivée du nouveau ministre, « le cabinet et la DGS sont sur la même longueur d’onde » (comprendre: ce n’était pas le cas sous Roselyne Bachelot), le rouleau compresseur des économies semble avoir anéanti toute idée de révolte du côté de Aides. L’an dernier, l’association avait symboliquement fermé les portes de ses délégations partout en France. Avant d’obtenir de Roselyne Bachelot le maintien des crédits. Cette année, autre ministre, autre attitude.

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