La rédaction de Yagg a reçu hier soir un communiqué de presse de GayLib, l’association LGBT affiliée à l’UMP, à l’occasion de la Journée des femmes, signé « Les femmes du Conseil d’Administration de GayLib ».

Si au fond on peut difficilement être en désaccord avec la plupart de banalités qu’il propose, ce texte, que nous reproduisons dans son intégralité, nous a paru à la fois fascinant et incompréhensible, il méritait donc un commentaire composé.

« Qu’elle en a de la chance, la femme, en cette belle journée du 8 mars! Une journée entière, ensoleillée, entièrement dédiée à sa gloire et son bien-être… »

On comprendra dès la première phrase pourquoi il a fallu qu’il fasse nuit pour que ce communiqué nous arrive (à 20h59, c’est ballot): il fallait attendre de savoir si la météo d’Évelyne Dhéliat allait dire vrai sur la température exceptionnelle de ce 8 mars. De plus, en attendant d’avoir pu lire tous les autres communiqués de presse du jour, l’auteure saisit l’occasion de rédiger une œuvre totalement originale.

« Qu’elle en a de la chance, elle qui recevra ce soir son bouquet de tulipes, une bise de ses collègues, un mail de son patron… »

Ici, avec cette saynète de science-fiction, l’auteure souhaite visiblement nous intriguer: où se situe la réalité? Serait-ce un rêve? On pourrait même lire entre les lignes que les femmes du conseil d’administration de GayLib auraient aimé un bouquet de tulipes de la part des hommes du conseil d’administration de GayLib, à défaut d’un texte co-signé.

« Qu’elle en profite bien, la femme, de cette belle journée, parce que demain… elle retournera travailler, sachant qu’elle gagne moins que son voisin de bureau, elle s’occupera de ses enfants, sachant que son congé parental risque de nuire à sa carrière, elle votera, sachant que la parité est loin d’être acquise en politique, elle se remettra à son régime Dukan… »

Nous voici enfin dans le cœur du message. Sous l’impulsion d’une habile figure de style qu’on appelle « ironie », l’auteure décrit les points de mécontentement: inégalité salariale, discrimination sexuelle au travail, parité politique, et image de soi/bien être. S’agit-il de revendications? Ce n’est pas clair, faut-il sabrer les salaires par le bas? Interdire les congés parentaux? Privilégier le régime Montignac, bien plus efficace que Dukan selon ma belle-mère? L’auteure cherche visiblement à semer le trouble chez le lecteur puisqu’elle parle au nom d’une association liée au parti au pouvoir, ce serait trop simple de tendre le bâton pour se faire battre! Tel les oulipiens, l’auteure danse sur les mots avec brio.

« Qu’elle en a de la chance, la femme qui ne doit pas attendre le 8 mars pour être respectée, écoutée, et tout simplement traitée comme une égale! »

C’est en ayant recours à une sorte d’anaphore (la répétition d’un début de phrase) que l’auteure vient ici nous rappeler qu’elle déconnait, la femme n’a pas « de la chance », en vrai. Parce que cette femme-là n’existe pas, en vrai. Ou alors peut-être parle-t-elle de la femme sublimée dans la bouche d’Éric Zemmour, qui a récemment été acclamé à une convention de l’UMP pour sa lutte contre « l’égalitarisme ».

« Une pensée également pour les femmes du monde, celles qui n’ont pas à se battre pour l’égalité sociale, professionnelle ou politique mais simplement pour exister. »

Ici, clairement, l’auteure a sans doute voulu évoquer la femme que Chantal Brunel souhaite remettre sur des bateaux, une référence discrète qui n’a pas échappé à notre analyse de petits coquinous.

« Journée de la femme! Encore et toujours… dites quand pourrons-nous nous en passer? Dites quand la journée de la femme sera-t-elle tous les jours?! »

Qui a dit « dès 2012 grâce à Marine Le Pen »? Tu sors. Ou serait-ce une allusion à la sortie de Nicolas Sarkozy sur la Journée des femmes, hier: « sympahtique, mais pas essentiel »?

« La grande évolution du Parlement Européen pour les femmes, est d’avoir réajusté l’assurance auto entre les femmes et les hommes! Conclusion nos assurances augmentent, car comme nous étions plus prudentes, nous payions moins cher! Belle avancée, beau progrès… merci le Parlement, mon pouvoir d’achat baisse encore! »

Attention, quand l’auteure dit « beau progrès », il faut comprendre que ce n’en est pas un (LOL)! Oui car ici nous sommes en réalité dans la phase « nostalgie » du texte, et l’auteure se souvient avec mélancolie de la bonne époque où son parti promettait du « pouvoir d’achat » à quinenveut, avant d’être brimé par ces salauds du parlement européen qui ont tout fichu par terre.

« Enfin un petit mot sur une femme qui fait trop parler d’elle en ce moment; Trop parce que les fronts de la liberté, de l’égalité et de la fraternité s’obscurcissent… à vouloir ne vendre que du sensationnel, amis médias vous vous égarez… »

L’auteure évoque maintenant une mystérieuse femme qui fait « trop parler d’elle », et dont on va nous dire « un petit mot ». Finalement on ne saura jamais de qui il s’agit, mais le point virgule suivi d’une majuscule donnerait aux archéologues littéraires l’indication d’un « sabrage ». Mais on n’est pas débiles, hein, on a compris que GayLib nous alerte sur la surmédiatisation de Lady Gaga, et nous, médias, entendons leur message et nous nous engageons, ici, maintenant, à ne plus JAMAIS parler d’elle (ah, on m’indique dans l’oreille que ça ne va pas être possible).

« J’ai peur à ma France, et Marianne la première d’entre nous est inquiète! »

Pour conclure son exposé, on a choisi l’emphase, doublée d’antithèse puisqu’après nous avoir demandé de ne pas effrayer à coup de sensationnel, on nous dit avoir peur pour la France, qui semble désormais appartenir à l’auteure, mais Marianne, qui est la France, est également inquiète pour la France de l’auteure qui a peur pour elle. C’est ainsi, grâce à une mise en abyme totalement post-moderne que l’auteure nous perd dans un vortex de peur et de nationalisme, provoquant en nous la vigueur d’un jeune militant. Bravo, comme on dit à gauche: « ça c’est chef d’œuvre ».

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