Julien Plichon

Julien Plichon

« Ils m’ont tout pris: ma dignité, mon honneur, mes amis. » En octobre 2006, lors d’un repas avec son directeur et deux collègues, Julien Plichon fait son coming-out en réponse à des propos homophobes. Sa carrière exemplaire au sein de la Fédération laïque des associations socio-éducatives du Nord (Flasen), pensait-il, aurait dû le protéger d’éventuelles conséquences négatives de sa sortie du placard.

BLAGUE DE POTACHE
La Flasen, Julien a l’impression d’y avoir passé sa vie. Il y est entré ado, y a passé son BAFA puis a été embauché. En 2004, il a été victime d’une rumeur de cour de récré: il aurait tripoté un ado lors d’un des séjours qu’il encadrait. Le proviseur a prévenu la police et la Flasen. Lorsqu’il a vu l’ampleur que prenait ce qui semble être une blague de potache, l’ado est revenu sur ses déclarations. Aucune charge n’a été retenue contre Julien Plichon.

« PROBLÈMES DE MŒURS »
Mais après son coming-out, la rumeur a refait surface, colportée par le directeur et la présidente de la Flasen. Julien est soupçonné de partir en « séjour gay » parce que le directeur trouve que la personne qu’il a eue au téléphone a « une voix efféminée »: en raison de la présence de mineurs, il ne faut pas de « problèmes de mœurs ». « Si j’avais été hétéro et que j’étais parti avec une adjointe, ça n’aurait pas posé problème », souligne Julien, joint par Yagg. Amer, il insiste: « En m’accusant de pédophilie, ils ont mis le doute dans l’esprit de beaucoup de gens ».

D’un seul coup, Julien dérange. Tous les moyens sont mis en œuvre pour le licencier. Comme il est protégé par son mandat de délégué du personnel, l’inspection du travail doit donner son accord. Elle refuse le licenciement pour cause réelle et sérieuse, et c’est sur les conseils de l’inspecteur que Julien saisit la Halde.

LICENCIEMENT
Le 19 mars, quatre jours après la fin du délai de protection, Julien est convoqué pour un entretien préalable. Il se voit notifier son licenciement le 10 avril 2007, soit six mois après son coming-out.

« L’enquête a permis d’établir que la révélation de l’homosexualité de Monsieur P a été le fait déclencheur du harcèlement moral dont il a été victime à partir d’octobre 2006 », écrit la Halde dans une délibération du 14 septembre 2009. Le Conseil de prud’hommes de Lille condamne la Flasen à verser 10000 euros à Julien « pour préjudice subi dû à des actes de discrimination dans le cadre de la relation de travail ». En appel, Julien a obtenu que la Flasen soit également condamnée pour « rupture du contrat de travail produisant les effets d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse », la cour d’appel de Douai assimilant la procédure de licenciement à un « fait de harcèlement ».

« REMONTER LA PENTE »
Mais pour Julien, l’affaire n’est pas terminée. « Je serai satisfait quand la présidente et le conseil d’administration ne seront plus là, parce qu’ils ont laissé faire, explique-t-il. Ils ont licencié le directeur, maintenant ils doivent être limogés. On ne peut pas laisser des gens qui pensent comme ça aux postes qu’ils occupent. » S’il s’est sorti de la dépression dans laquelle ce qu’il a vécu l’avait plongé, s’il a su « remonter la pente, grâce aux syndicats, à [ses] parents et à [son] conjoint », « j’ai perdu au minimum deux ans de ma vie », rappelle-t-il.

Julien dans le documentaire Pourquoi toi et pas moi? d’Hélène Lévy:

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Homophobie au travail (France 5 / 02/02/10)

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