Événement! Jusqu’au 8 mars, Lyon accueille son premier festival de cinéma LGBT: Écrans Mixtes. Dédié à la mémoire homosexuelle, le festival propose notamment une rétrospective Gregg Araki, un panorama sur le New Queer Cinema, une carte blanche au Festival International de Films de Femmes de Créteil, un Collection Classiques (avec La Rumeur, Victim, Un Chant d’amour et Querelle), et ce mercredi soir, en ouverture, 108-Cuchillo de palo, le formidable documentaire de Renate Costa que Yagg pour fera également découvrir en avant-première, au Gaumont Opéra, à Paris, le 17 mars.

Ivan Mitifiot, coordinateur du festival, en dit plus pour Yagg.

En juin dernier, vous avez rencontré quelques soucis avec la mairie de Lyon qui ne souhaitait pas au départ soutenir financièrement le festival… Vous le savez, la ville de Lyon est un modèle de politique de lutte contre l’exclusion et l’homophobie. Il y a eu entre la ville et nous un malentendu: dans la demande de subvention que nous avions rédigée, il n’était pas perceptible qu’il s’agissait d’un festival sur la mémoire et destiné à tous les publics. Le Festival Écrans Mixtes est tout sauf un festival communautaire. Il s’agissait d’un problème de rédaction de notre part. Lorsque dans un deuxième temps nous avons rencontré les élus, nous avons pu leur expliquer clairement notre intention d’ouverture et notre ligne éditoriale. Dès lors, la ville a décidé de nous aider, d’un point de vue financier, mais aussi d’un point de vue technique. On peut parler aujourd’hui d’une véritable collaboration entre la ville de Lyon et le festival. Nous voulons aujourd’hui saluer la très active implication de la Région Rhône-Alpes, de la ville de Lyon et du Grand Lyon, sans lesquels rien n’aurait été possible.

http://www.youtube.com/watch?v=ip_vt-WaHZ0
Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Bande annonce du Festival Écrans Mixtes.

Écrans Mixtes se veut un festival de la « mémoire homosexuelle ». Pourquoi ce choix? Lorsque nous avons décidé de nous lancer dans un festival, il n’était pas question de proposer à Lyon ce que l’on peut voir ailleurs. Le but d’un festival est de montrer autre chose, de permettre de voir ou de revoir ce que l’on ne peut pas ou plus voir ailleurs. Nous avons décidé de nous inscrire dans l’identité de notre ville. Lyon ville d’histoire, de patrimoine, de mémoire et de cinéma. Nous avons décidé que le Festival Écrans Mixtes serait dédié à la mémoire homosexuelle, le premier de ce type en France. Pourquoi la mémoire? Et bien tout simplement parce que si ce ne sont pas les homos qui se chargent de leur mémoire, qui va le faire? En tous cas, certainement pas nos détracteurs. N’oublions pas que nous entrons dans une période de crise sans précédent, à l’heure où un parti d’extrême droite vient séduire l’électorat gay sur nos terres lyonnaises. Nous pensons qu’il est plus qu’urgent de réveiller les consciences et de prendre soin de notre histoire, notre mémoire collective!

Vous annoncez aussi un festival du « vivre ensemble ». Est-ce pour cela que vous avez multiplié les lieux dédiés à l’événement, et notamment en dehors de la ville? Dès ses débuts en 2007, l’association Écrans Mixtes s’est attachée à proposer des soirées cinéma (avant premières, soirées-débats en partenariat avec les associations de lutte contre l’homophobie de la région) dans un maximum de salles de l’agglomération. Notre intention a toujours été de faire sortir les gens de chez eux, de faire découvrir d’autres salles, très souvent de très belles salles art et essai, que le public du centre de Lyon ne connaissait pas forcément. Nous avons toujours utilisé le cinéma comme moyen de sensibiliser le grand public aux questions LGBT.

Le cinéma, c’est de la culture, de l’éducation. Un film est fait pour être montré dans une salle de cinéma, avec le public le plus large possible. Réserver le cinéma LGBT à un public LGBT serait aussi absurde que de réserver le cinéma américain aux Américains. Nous nous attachons à mettre en lumière un cinéma 100% homo pour un public le plus large possible, d’où le fait que nous refusons absolument d’afficher le rainbow flag sur nos visuels ou dans nos salles. Le cinéma n’a pas à être associé à un quelconque drapeau. Des cinéastes comme Gus Van Sant ou Gregg Araki sont des cinéastes ouvertement gays, qui traitent très souvent de l’homosexualité. Ils n’en restent pas moins des cinéastes qui intéressent tous les publics. Qui prétendrait que My Own Private Idaho est un film réservé aux gays? Il s’agit tout simplement d’un chef-d’œuvre du cinéma qui a sa place dans l’histoire du cinéma mondial.

Pour notre première édition, nous avons un parc de neuf lieux de projection: cinq à Lyon et quatre dans l’agglomération. C’est un début. Pour la deuxième édition, nous souhaitons le double. Nous avons aussi essayé de cibler les films par rapport au public des salles: un film art et essai trouvera plus son public dans une salle classée art et essai. Un film très underground comme L.A. Zombie [voir extrait ci-dessous, ndlr] a tout à fait sa place dans une salle classée « recherche ».

http://www.youtube.com/watch?v=t0DQDlm6bYI
Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Bruce LaBruce’s L.A. Zombie – 2010.

Lyon est une ville qui aime le cinéma. Nous avons aussi essayé de montrer à nouveau des films dans les salles qui les avaient programmés lors de leur sortie. Par exemple, nous avons programmé Zero Patience, de John Greyson, dans la même salle qui l’avait programmé à l’origine, en 1993. Une façon de rendre aussi hommage aux salles art et essai qui réalisent tout au long de l’année, au jour le jour, un formidable travail de défrichage de talents.

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