Le scénariste et romancier Pierre Pauquet a écrit Juste une question d’amour, le premier téléfilm français sur l’homosexualité qui connut un très fort retentissement lors de sa diffusion en 2000 sur France 2. Il avait rencontré Annie Girardot dans les années 90, à l’occasion de l’écriture d’un téléfilm créé pour elle, Les Merisiers. Il réagit à la disparition de l’actrice.

Quelle est votre réaction au décès d’Annie Girardot? Je savais qu’Annie était atteinte de la maladie d’Alzeihmer, inéluctable, hélas. Je savais qu’elle vivait dans un autre monde auquel sa famille et nous tous n’avions plus accès. Pourtant elle restait encore près de nous. Elle était toujours cette femme comédienne qui l’était si peu dans sa vie. Aussi c’est avec une immense tristesse que j’ai appris sa disparition, comme si une amie venait de me quitter, une amie qu’il me semblait connaître depuis toujours aussi bien par les films que par le théâtre. J’ai toujours aimé, admiré cette femme pour sa générosité aussi bien dans sa vie mais surtout sur un plateau. Annie s’engageait totalement dans chacun de ses rôles jusqu’à s’y brûler parfois. Annie était un être entier qui  refusait toute médiocrité. Un être rare.

Vous aviez écrit un scénario pour elle, « Les Merisiers ». Pouvez-vous nous raconter la génèse de cette histoire? Les Merisiers représente pour moi un tournant dans ma carrière. Ce fut certes mon premier scénario « officiel » mais surtout le producteur ainsi que France 2 nous avait demandé à Pierre Lary, le réalisateur, et à moi-même d’écrire une histoire pour Annie Girardot. Nous n’avions aucune autre indication! Cette situation est rare. Écrire un personnage sachant quel est le comédien qui va l’interpréter est un véritable bonheur. Bonheur doublé dans mon cas d’écrire pour cette femme que j’admirais déjà tant et dont j’allais enfin faire la connaissance. À chaque étape de l’écriture, Annie était présente, nous soutenait, faisant des propositions toujours justes. Elle comme nous voulions éviter cet écueil : « Faire du Girardot ».

Et comment s’est passé le tournage? Sur le tournage, son investissement fut le même. Pourtant au début je fus surpris. Avant les prises, elle parlait avec tout le monde, rigolait, faisant des blagues comme si le personnage ne l’intéressait pas. Pourtant à chaque fois qu’elle entendait « moteur! », à cet instant précis, elle ne devenait pas le personnage, elle était le personnage! Ce qu’elle a apporté au film est extraordinaire.

Annie Girardot représentait quel type d’actrice? Pour moi, on ne peut pas classer Annie dans un type ou dans un autre. Elle est le cinéma comme tout comédien ou comédienne de génie. Comme le furent, entre autres, Bette Davis, Anna Magnani et quelques autres… La liste n’est pas si longue que cela!

Photo: Annie Girardot et Renato Salvatori dans Rocco et ses frères (1960), de Luchino Visconti.

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