Sans tambour ni trompettes, la Nuit gay de Canal+ ne fête pas son 15e anniversaire, ce soir, à partir de 20h50, avec un programme composé de films et de documentaires inédits.

I Love You Phillip Morris (2009), de Glenn Ficarra et John Requa, à 20h50. Jim Carrey et Ewan McGregor campent avec beaucoup de brio et de conviction deux hommes qui tombent amoureux l’un de l’autre en prison. Le tout inspiré d’une histoire vraie. Au moment de sa sortie en salles, nous avions trouvé le film « drôle, sans plus » (lire notre critique).

Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur I Love You Phillip Morris – bande-annonce.

Illegal Love, de Julie Gali, à 22h25. Dans ce documentaire décousu mais riche d’excellents témoignages sur la bataille autour de la Proposition 8, Julie Gali, la réalisatrice, donne la parole aux militants LGBT comme aux partisans de Prop 8, à des politiques, des religieux ou simplement des couples ou des familles. Louis-Georges Tin apporte un peu de recul, qui rappelle que « s’il n’y a pas d’égalité des droits, ce n’est pas une démocratie ».

Illegal Love permet de revivre des moments d’émotion ou de colère, de découvrir, aussi, ce qui motive les opposant-e-s au mariage des couples de même sexe, dont certain-e-s sont allé-e-s jusqu’à jeûner du samedi au mardi des élections en priant pour que le texte interdisant le mariage aux couples homos soit adopté. De l’autre côté de la barrière, on apprend beaucoup de la préparation de la marche pour l’égalité à Washington un an après le vote et des témoignages de Cleve Jones, proche d’Harvey Milk et toujours activiste, de la militante Robin McGehee ou de l’élu californien Mark Leno.

Mais n’est pas Yves Jeuland qui veut. Si Julie Gali admet bien volontiers (voir vidéo ci-dessous) qu’elle ne connaissait rien au sujet quand elle a commencé à tourner – elle était aux États-Unis pour filmer la campagne des démocrates à Los Angeles, pas pour Prop 8 –, on regrette qu’elle n’ait pas pris le temps, par la suite, de se renseigner un peu. Le détail qui tue (entre autres erreurs de traduction): la cour suprême d’Hawaii, dont Mark Leno mentionne la décision fondatrice dans le combat pour l’ouverture du mariage aux couples gays et lesbiens (en 1993), est remplacée dans les sous-titres par la cour suprême d’Ohio.

Yagg avait rencontré Julie Gali, la réalisatrice, en mai 2010:

Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Julie Gali parle de son film sur Prop 8: « Illegal Love ».

Sagat, de Pascal Roche et Jérôme M. de Oliveira, à 23h55. En 40 minutes (c’est trop court!), ce documentaire tente de faire le portrait intime de François Sagat, la pornstar française, et d’aller un peu plus loin que l’image du mec bodybuildé pensée et construite de main de maître par l’intéressé lui-même. Et la mission est réussie. L’homme, plutôt réservé (et oui!), réussit ici à se confier, à parler de son enfance pas toujours rose quand il se faisait traiter de « fille » par ses camarades (vous verrez des photos et vidéos inédites de Sagat gamin: quelle transformation!). On notera un passage particulièrement émouvant filmé à Cognac, sa ville natale, où sa grande sœur évoque le François Sagat d’avant et celui d’aujourd’hui.

Celui qui nous confiait récemment qu’il souhaitait passer à la réalisation (dans le cinéma « traditionnel »), dessine aussi très bien et se plaît à déconstruire son image-cliché dans des vidéos persos très drôles: bref, pour ceux qui douteraient encore du talent de l’artiste, ce Sagat bien ficelé remet quelques pendules à l’heure. Et c’est tant mieux.

Ne dites pas à ma mère… que je suis gay, d’Olivier Rousseau, à 0h35. Diego Buñuel, le globe-trotter de la chaîne cryptée (Ne dites pas à ma mère…), compile ici « ses rencontres avec des communautés gays, croisées lors de ses nombreux reportages », de la gay pride de Medellín en Colombie à Beyrouth côté gay en passant par un show télévisé animé par un travesti au Pakistan.

A Single Man (2009), de Tom Ford, à 1h. Souvenez-vous, c’était notre premier « Jeudi, c’est gay-friendly! », au Gaumont Opéra Premier, le 18 février 2010! « Force est de constater que la grande réussite de Tom Ford, pour ce premier long métrage, est de ne pas avoir rogné sur ses prétentions esthétiques (le nombre de spectateurs qui vous diront en sortant de la salle « Oh, les belles images! »…) pour, au contraire, les mettre au service de son récit, de son propos », écrivions-nous, enthousiastes, au moment de la sortie du film en salles (lire notre critique). Mais pourquoi ne pas avoir programmé A Single Man en ouverture à la place de I Love You Phillip Morris? Une comédie, c’est moins « segmentant », c’est ça?


Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur A Single Man – Bande-Annonce – Tom Ford.

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