Ainsi donc, Éric Fottorino n’est plus à la tête du Groupe Le Monde  et ses jours en tant que directeur sont comptés (Lire Louis Dreyfus devient président du directoire du Groupe Le Monde). Cette nouvelle, a priori, n’a pas à être traitée sur Yagg. Sauf qu’à chaque fois que le nom du journaliste et écrivain surgit quelque part, il est difficile de ne pas penser, pour celles et ceux qui l’ont lue, à la chronique qu’il a consacrée le 29 mai 2004 au mariage de Bègles (qui s’est tenu le 5 juin).

Dans sa chronique intitulée « Triste mariage gay« , Éric Fottorino évoquait un « malaise devant une union qui voudrait se sacraliser, sans pour autant être sacrée ». Ce malaise était évidemment le sien puisqu’il poursuivait: « Le bât blesse, à nos yeux sans doute très myopes, sur la finalité de la chose. Se marier, d’accord, mais pour quoi faire ? Un enfant ? Quel enfant, l’enfant de qui ? D’un homme et d’un homme ? D’une femme et d’une femme ? (…) Dans ces temps de terrorisme, il faut se garder aussi du terrorisme bien-pensant qui dirait amen sans réfléchir aux conséquences de cette nouvelle porte ouverte ».

La charge s’intensifiait: « Au nom de l’égalité, on gommerait les différences. On ferait comme si un couple homosexuel était pareil qu’un couple homme-femme. Comme s’il pouvait prétendre aux mêmes droits. On ne parle pas des affaires de patrimoine légitimement traitées par le pacs. Mais du droit à fonder une famille hors des lois de la nature ».

Jusqu’à ces lignes d’une violence assez incroyable:  » Le droit : voilà la grande affaire. C’est ce qui nous agace le plus, dans cette revendication du mariage homosexuel. Elle contient tout ficelé un discours de consommateur. On y a droit. Et demain, forts de ce droit, on pourra faire des enfants. On aura droit à des enfants. Nul ne se demande si les enfants ont le droit de ne pas avoir des parents homos ».

Obsédé par l’homoparentalité, celui qui était à l’époque rédacteur en chef et chroniqueur au Monde critiquait ensuite le manque de recul sur la question et concluait ainsi: « Un principe de précaution devrait s’imposer, pour que la fête ne soit pas triste ».

À quelques jours du fameux mariage de Bègles où un élu – Noël Mamère – et deux hommes ont courageusement affronté la vindicte populaire, cette chronique constituait un véritable crachat au visage de toutes celles et tous ceux qui se battent pour que l’égalité des droits ne soit pas un vain mot dans ce pays. Jusqu’à preuve du contraire, Eric Fottorino, qui a reçu le prix Femina en 2007 pour Baisers de cinéma, n’est jamais revenu publiquement sur ces propos.

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