Le 7 janvier, l’association LGBT Human Rights Campaign (HRC) installera sa boutique dans l’ancien magasin de photo devenu local de campagne d’Harvey Milk. Outre ses propres produits dérivés, l’association prévoit de vendre des souvenirs estampillés « Harvey Milk », peut-on lire sur le site du Bay Area Reporter (B.A.R.), hebdomadaire LGBT de San Francisco. Une partie des bénéfices sera reversée à la GLBT Historical Society et à une école du quartier qui porte le nom d’Harvey Milk.

« L’ANTITHÈSE DE LA PHILOSOPHIE ACTIVISTE D’HARVEY MILK »
L’arrivée d’HRC dans ce lieu emblématique de l’Histoire LGBT crée la polémique depuis son annonce le 6 décembre. Plusieurs commerces se sont succédés au 575 Castro Street. Ce n’est donc pas l’aspect commercial qui pose problème, mais l’action même de l’association.

« C’est complètement inapproprié pour la simple raison qu’HRC représente l’antithèse de la philosophie activiste d’Harvey Milk », estime Cleve Jones, proche de Milk dans les années 70, interviewé par Advocate.com. Il souhaiterait que l’accent soit mis un peu moins sur la stratégie de marque, un peu plus sur l’information historique. The Advocate cite également le conseiller municipal ouvertement gay Tom Ammiano, selon lequel le geste d’HRC peut paraître quelque peu « opportuniste. Si vous avez connu Harvey et si vous savez comment fonctionne HRC… ils sont très sur leur quant-à-soi. Ce n’est tout simplement pas une organisation où l’activisme est encouragé ».

Mais tous deux semblent vouloir saisir l’occasion de trouver un terrain d’entente entre deux « clans » du milieu militant LGBT. Même son de cloche chez Dustin Lance Black, le scénariste oscarisé d’Harvey Milk: « La raison qui a fait que j’ai été aussi inspiré par l’histoire d’Harvey il y a sept ans quand j’ai commencé mes recherches, c’était que sa philosophie politique était tellement plus fière et progressiste que tout ce que j’ai pu entendre venant d’HRC, a-t-il déclaré au Bay Area Reporter. J’ai grandi avec HRC; je n’y ai trouvé ni inspiration ni efficacité. L’organisation semble préférer les alliés hétéros aux homos et se satisfaire de miettes d’égalité. (…) Si nous ne pouvons pas jeter HRC hors du magasin de photo d’Harvey, nous devons donc changer HRC afin qu’elle devienne une association que nous soyons fiers de voir en ces lieux. » Ce qui passe, selon lui, par la démission du très critiqué président de Human Rights Campaign, Joe Solmonese.

HONORER AU MIEUX LA MÉMOIRE DU MILITANT
Fred Sainz, un porte-parole d’HRC, a pour sa part rappelé au Bay Area Reporter que l’association succédait à un magasin de souvenir (photo) et qu’auparavant le local était occupé par une boutique d’accessoires de salle de bain. Reconnaissant qu’HRC aurait dû s’entretenir avec Cleve Jones et les autres proches de l’activiste avant d’annoncer son déménagement, il a précisé que l’organisation avait l’intention d’honorer au mieux la mémoire d’Harvey Milk.

Lequel, selon son neveu Stuart Milk, n’aurait peut-être pas approuvé les méthodes d’HRC mais aurait adoré la polémique, « parce qu’elle ouvre le débat sur le passé de notre mouvement pour les droits LGBT, sur son présent et sur la direction que nous souhaitons lui donner à l’avenir », tout en rappelant le message de son oncle: « arrêtez de vous attaquer mutuellement »: « Harvey n’a cessé de nous mettre en garde contre les disputes au sein de notre mouvement, qui sont notre plus grande faiblesse. »

Photo Daniel Nicoletta via Towleroad

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