Il y a deux ans, l’édition australienne du magazine masculin GQ désignait Matthew Mitcham comme sportif de l’année. Récompense logique pour celui qui venait de s’imposer au plongeon aux Jeux olympiques de Pékin.

À l’occasion de son numéro consacré aux Hommes de l’année 2010 (avec, en grand gagnant, l’acteur Ryan Kwanten), GQ publie une longue interview du plongeur, réalisée peu de temps avant les Jeux du Commonwealth, qui se sont tenus à Delhi du 3 au 14 octobre et dont il a rapporté quatre médailles d’argent. Il y a aussi de très jolies photos, même si Matthew trouve qu’il a l’air hétéro dessus…

Le plongeur de 22 ans se montre toujours aussi accessible et touchant, qu’il parle de son homosexualité, de son amoureux, de ses études (il apprend notamment le français et l’espagnol), ou de ses sponsors qui lui permettent d’étudier, justement, maintenant qu’il n’est plus obligé de travailler à mi-temps.

« JE VOULAIS QUE LES AUSTRALIENS SACHENT EXACTEMENT QUI ILS SOUTENAIENT »
« Avant les Jeux, raconte-t-il, les gens me conseillaient de ne pas faire mon coming-out auprès des médias parce que cela pourrait émousser l’intérêt des sponsors. Mais quand ils ne se sont pas bousculés, je ne sais pas si c’était parce que j’étais out ou à cause de la crise financière. Quelle que soit la raison, j’ai plein de sponsors maintenant, donc ça n’a pas l’air d’être un problème. »

A-t-il envisagé de ne pas faire son coming-out? « Pendant à peu près 5 secondes. Ma façon de voir la vie, c’est d’être honnête et d’en assumer les conséquences, si conséquences il y a. C’est beaucoup plus difficile pour moi de mentir, de tromper ou d’être dans le déni. Avant les Jeux, je voulais que les Australiens sachent exactement qui ils soutenaient. »

SE VOILER LA FACE
Les seules fois où il a eu l’impression que la vie était plus difficile pour lui parce qu’il était gay, dit-il, c’est lorsqu’il n’était pas complètement clair sur le sujet envers les autres ou lui-même: « Quand vous dissimulez ce genre de choses, les autres sentent que vous êtes mal à l’aise. Ils peuvent voir cela comme une faiblesse et l’utiliser pour vous blesser. C’est ce qui m’est arrivé quand j’étais assez jeune et que je venais de comprendre que j’étais gay. La société nous enseigne qu’être homo, ce n’est pas aussi bien qu’être hétéro, vous grandissez avec ces idées dans la tête, et vous vous punissez. Vous essayez de vous voiler la face, d’attendre que ça passe, ou de changer. Mais ce n’est que lorsque j’ai été complètement honnête avec ça que ça n’a plus été un problème. J’aimerais pouvoir le dire au monde entier, qu’on peut y arriver, se débarrasser de ces foutaises, cette angoisse. Mais ce serait irresponsable de ma part, parce qu’il y a des facteurs extérieurs pour chacun: sa famille, sa religion, les lois de son pays » .

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