C’est un des essais dont les résultats sont plus qu’attendus. Et ils ne sont pas à la hauteur des espérances. iPrEx est le premier essai de traitement préventif chez des hommes et des transgenres (male to female) qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes.

UNE BAISSE DE 44% DU RISQUE D’INFECTION
Les 2499 participants (dans six pays différents) inclus dans iPrEx ont reçu chaque jour pendant l’essai soit un placebo, soit Truvada, un médicament antirétroviral déjà sur le marché. Sur la période de l’essai, 36 patients sont devenus séropositifs dans le groupe Truvada contre 64 dans le groupe placebo. Ceci suggère une réduction de 44% de l’incidence du VIH grâce à l’utilisation du médicament, produit par le laboratoire Gilead. Les auteurs, qui publient les premiers résultats de l’essai dans le New England Journal of Medicine du 23 novembre, soulignent que cette réduction est significative mais pas aussi élevée que ce qui avait été envisagé lors de la préparation de cet essai. Selon nos informations, les investigateurs tablaient sur une réduction plus proche de 55 à 60%.

MAUVAISE ADHÉRENCE AU TRAITEMENT
Un fait marquant est que même si les patients déclaraient utiliser Truvada tous les jours, l’exposition au médicament était plus basse dans les mesures biologiques. C’est en partie cette mauvaise adhésion au traitement qui pourrait expliquer ce résultat de protection inférieur aux espérances. Le traitement a été plus souvent retrouvé chez les séronégatifs que chez les séropositifs dans le groupe Truvada. Il y a donc, selon les auteurs de l’article du NEJM une corrélation très forte entre la détectabilité du médicament et l’effet prophylactique. Dans son communiqué de presse, rendu public ce mardi matin, l’Agence nationale de recherches sur le sida (ANRS) explique: « Quand le médicament est détectable dans le sang, la réduction du risque est de 92%, suggérant le rôle fondamental de l’adhérence au traitement ». Mais on ne sait pas encore pourquoi les participants ne prenaient pas leur médicament.

AIDES SE FÉLICITE MAIS RESTE PRUDENTE
Si l’association Aides a aussitôt réagi pour se féliciter de ces résultats, elle reste prudente: « Bien que ce résultat de recherche soit porteur d’espoir, nous sommes encore loin d’une mise à disposition de la Prep « dans la vraie vie ». De plus, cette stratégie, si elle est intéressante, présente des inconvénients : la contrainte d’un traitement continu pour des personnes séronégatives pose des problèmes d’acceptabilité, de tolérance au long cours, et de coût. » Et d’ajouter cet avertissement: « En attendant, AIDES appelle à la plus grande prudence concernant l’utilisation « sauvage » d’ARV [antirétroviraux, ndlr] par des séronégatifs pour se protéger du VIH. »

UN ESSAI FRANÇAIS EN PRÉPARATION
Ces résultats vont être analysés à la loupe par les équipes françaises qui travaillent sur un essai de prophylaxie par antirétroviral, que nous avons déjà évoqué sur Yagg dans un chat avec Hugues Fischer d’Act Up-Paris et François Berdougo du TRT-5. L’essai, piloté par le Pr Jean-Michel Molina et financé par l’Agence nationale de recherches sur le sida (ANRS), propose un schéma différent de l’essai iPrEx: au lieu d’une prise du médicament en continu, les participants à l’essai franco-québecquois prendraient un traitement deux heures au plus tard avant l’exposition sexuelle au risque et un autre traitement 24 heures après la première prise. Si l’exposition se prolonge, le participant continuerait de prendre un traitement toutes les 24 heures.

Cet essai est coûteux, plusieurs millions d’euros. L’ANRS réfléchit maintenant à la meilleure façon de lancer une phase pilote de son propre essai, « sans doute au cours du premier semestre 2011 », selon Jean-François Delfraissy, son directeur.

[Mise à jour, 14h10] Le groupe interassociatif TRT-5 participe au travail d’élaboration de l’essai français en projet et explique qu’au vu des résultats de l’essai iPrEx, « TRT-5 poursuivra son travail […] afin de veiller en particulier à la protection des intérêts et des droits des futurs participants ».

[Mise à jour, 16h58] Act Up-Paris a réagi à son tour à la publication des résultats de cet essai: « C’est un résultat très encourageant pour les chercheurs. Il démontre l’intérêt de cette technique de prévention biomédicale. » L’association rappelle cependant que « le préservatif, simple, peu coûteux et disponible reste le seul moyen sûr de se protéger contre le VIH ».

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