C’est une première depuis 1981. Dans un livre d’entretien à paraître mardi et dont L’Osservatore Romano, organe officiel du Vatican, a publié hier soir des extraits, Benoît XVI, le chef de l’Église catholique admet que l’utilisation du préservatif peut se justifier dans certains cas très précis pour protéger du sida.

Dans Lumière du monde – le pape, l’Église et les signes du temps, qui rassemble des entretiens accordé par le pape au journaliste allemand Peter Seewald en juillet dernier, Benoît XVI revient sur la polémique qu’avait provoquée ses propos en 2009. En mars 2009, à bord de l’avion qui l’emmenait en Afrique, à un journaliste français qui lui faisait remarquer que « la position de l’Église catholique [l’abstinence, ndlr] sur la façon de lutter contre [le sida] est souvent considérée comme n’étant pas réaliste et efficace », le pape avait répondu: « on ne peut pas résoudre ce fléau par la distribution de préservatifs: au contraire, ils augmentent le problème ».

Les réactions avaient été immédiates, y compris parmi les catholiques, et notamment l’association LGBT David & Jonathan, qui avait qualifié ces propos d' »irresponsables ».

« BANALISATION DU SEXE »
Le pape révise donc aujourd’hui légèrement sa position et reconnaît que l’utilisation du préservatif peut permettre de réduire les risques de contamination. Mais il n’admet cette utilisation que dans des « cas individuels » très précis, et donne comme exemple celui des prostitué-e-s – « prostituée » dans le texte italien publié par L’Osservatore Romano, « homme prostitué » dans les traductions française, allemande et anglaise.

Avant même de mentionner cette exception, Benoît XVI précise que « se focaliser sur le préservatif signifie une banalisation du sexe, et cette banalisation représente elle-même le danger que pour beaucoup de gens le sexe ne soit plus non plus l’expression de leur amour, mais une sorte de drogue, qu’ils se fournissent eux-mêmes. C’est pourquoi la lutte contre la banalisation de la sexualité fait partie du grand effort pour veiller à ce qu’elle soit perçue pour ce qu’elle a de positif et e qu’elle peut apporter de meilleur au genre humain dans sa globalité. » Et de poursuivre: le préservatif « peut être un premier pas vers une moralisation, un début de responsabilisation pour reprendre conscience que tout n’est pas permis et que l’on ne peut pas faire ce que l’on veut. Toutefois, ce n’est pas la bonne façon de venir à bout de l’infection du VIH. Une humanisation de la sexualité est vraiment nécessaire ».

« VOLTE-FACE » POUR PETER TATCHELL
« Cette nouvelle politique est une volte-face, a réagi le militant LGBT britannique Peter Tatchell, très impliqué dans l’organisation des manifestations anti-pape lors de la récente visite de Benoit XVI au Royaume-Uni. Il semblerait que ce soit une réponse aux innombrables critiques de la politique papale précédente, y compris de la part de nombreux membres du clergé catholique. (…) Benoît semble comprendre que cette immuable opposition de principe aux préservatifs a nui à sa propre autorité et à celle de l’Église. Si le pape peut changer de position sur les préservatifs, pourquoi ne peut-il pas en faire autant sur l’opposition violente et intolérante aux droits des femmes, à l’égalité des homos, aux traitements de la stérilité et à la recherche sur les cellules-sources embryonnaires? ».

POUR ACT UP-PARIS, LE PAPE DOIT ALLER « BEAUCOUP PLUS LOIN »
« Après avoir dit que le préservatif aggravait l’épidémie de sida, après s’être mêlé de questions sur lesquelles il n’a aucune expertise, le pape semble enfin prendre en compte le principe de réalité, constate pour sa part Act Up-Paris. Il admet enfin que le préservatif protège du sida et ne l’aggrave pas. Est-ce une prise de conscience de la complicité de l’Eglise catholique dans la propagation de l’épidémie de VIH? L’exemple qu’il prend de l' »homme prostitué » reste cependant, très limité. Si le pape veut vraiment lutter contre l’épidémie, il faut qu’il aille beaucoup plus loin, Il faut qu’il reconnaisse que les politiques d’abstinence et de fidélité sont des échecs et sont directement responsable de la mort et de la contamination de centaine de millier de personnes. Mis en place sous l’influence de la morale religieuse, ces politiques d’abstinence ont détourné les gouvernements de véritables programmes de prévention. Moins de 20% de la population mondiale a aujourd’hui accès au préservatif alors même que l’épidémie de sida touche plus de 40 millions de personnes et qu’elle continue de s’étendre dramatiquement. »

« Le pape et l’Église catholique restent toujours homophobes, anti-avortement, et complices de 25 ans de propagation du sida à travers le monde, » conclut l’association.

« UNE BRÈCHE » SELON CHRÉTIENS ET SIDA
Pour Chrétiens et sida, « la brèche est ouverte »: « On est heureux parce que cela va permettre la libération de certaines personnes qui auraient pu avoir des doutes. Je pense qu’il y avait encore des gens qui écoutaient ce discours [de refus du préservatif] ou qui étaient terriblement culpabilisés quand ils l’utilisaient, a expliqué Gérard Guérin à l’AFP. Je pense qu’effectivement ça va permettre une sexualité plus épanouie, déculpabilisée. Ce message risque d’être extraordinairement libérateur pour les Antillais et les Africains. »

« UN PAS EN AVANT SIGNIFICATIF » POUR L’ONUSIDA
« Cette avancée reconnaît qu’un comportement sexuel responsable et l’usage du préservatif ont un rôle important dans la prévention du VIH-sida », a quant à lui déclaré Michel Sidibé, le directeur exécutif d’Onusida, qui voit dans les nouvelles déclarations de Benoît XVI un « pas en avant significatif et positif ».

Selon certains observateurs, le tollé mondial de 2009 aurait fait prendre conscience au pape de l’impact médiatique de ses déclarations. Un peu léger pour ce très proche de Jean-Paul II, parfois considéré comme une sorte de « vice-pape » dans les dernières années de vie de son prédécesseur.

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