Interdire « la promotion publique des relations homosexuelles » en Lituanie, sous peine d’amendes pouvant aller jusqu’à 10000 litas (environ 2900 euros), c’est ce que propose le député du parti national-populiste Ordre et justice Petras Grazulis. Il a donc soumis au Parlement lituanien un texte en ce sens, adopté en première lecture, vendredi 12 novembre, par 31 voix pour et 7 contre, tandis que les 103 député-e-s restant s’abstenaient ou ne prenaient pas part au vote.

« COMPLÉTER » LA LOI SUR LA PROTECTION DES MINEURS
Selon Petras Grazulis, cette proposition de loi vient compléter la loi sur la protection des mineurs contre les effets négatifs de l’information publique, entrée en vigueur en mars dernier (lire Loi homophobe: La Lituanie joue sur les mots), loi qui avait déjà valu à la Lituanie une lourde critique internationale, en 2009.

Sous la pression, le Parlement (Seimas) n’avait finalement pas interdit « toute publicité pour les relations homosexuelles, bisexuelles et polygames » mais avait néanmoins inscrit dans la loi que « les informations encourageant l’abus sexuel des mineurs, les relations sexuelles entre mineurs, tout comme les relations sexuelles en général, ont un effet négatif sur les mineurs », de même que « l’encouragement d’une conception de la famille autre que celle déterminée dans la Constitution de la République de Lituanie et le code civil ». Un article sur la sexualité adolescente ou une campagne de prévention à l’attention des ados pourraient donc tomber sous le coup de la loi.

Ce qui n’est à l’évidence pas suffisant pour Petras Grazulis, qui vise ouvertement aujourd’hui les gay prides et autres manifestations LGBT.

« Nous sommes très inquiets de ce que les amendements proposés au Code administratif violeront la liberté d’expression et de réunion, et accroîtront l’inégalité et la discrimination à l’encontre des personnes LGBT en Lituanie, » déclarait en septembre Vladimir Simonko, le président de l’association LGBT Lithuanian Gay League (LGL).

DES EURODÉPUTÉ-E-S ÉCRIVENT À VIVIANE REDING
Plusieurs député-e-s européen-ne-s ont écrit à Viviane Reding, vice-présidente de la Commission européenne et commissaire européenne à la Justice, aux Droits fondamentaux et à la Citoyenneté, qui doit se rendre en Lituanie cette semaine, pour lui demander de réaffirmer l’opposition ferme de l’Union européenne à des lois comme celle proposée par Petras Grazulis: ce texte « n’est pas compatible avec les valeurs européennes contenues dans la Convention européenne des droits de l’Homme et la Charte des droits fondamentaux », insistent-ils.

En mai 2010, la Baltic Pride avait pu se tenir à Vilnius, après avoir été quasi-interdite puis autorisée. À cette occasion, Viviane Reding avait envoyé un message vidéo aux participant-e-s, dans lequel elle soulignait l’importance de la tenue de l’événement et du respect des droits LGBT.

Pour devenir loi, le texte présenté par Petras Grazulis doit encore être soumis à deux votes, dont le premier pourrait intervenir le 16 décembre.

Photo Baltic Pride via Centre LGBT Paris Ile-de-France (traduction: « L’homophobie n’est pas une valeur familiale »)

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