« Plus le sport est collectif et masculin, plus il est homophobe. » Cette phrase de Michel Royer (à droite sur la photo), réalisateur de l’excellent documentaire Sports et homosexualités, c’est quoi le problème?, pourrait résumer le débat organisé mardi 9 novembre à Paris, dans le cadre des Mardis du Grand Palais.

Pour répondre à la question « Le sport a-t-il un problème avec l’homosexualité? », les organisateurs avaient invité le réalisateur, mais aussi le juriste Daniel Borrillo (à gauche sur la photo), la vice-championne d’Europe de triathlon Carole Péon (à côté de Michel Royer sur la photo) et notre chroniqueuse Bénédicte Mathieu.

Difficile de parler réellement de débat, dans la mesure où les intervenants et la salle étaient dans l’ensemble d’accord sur la plupart des points soulevés. Comme l’a fait remarquer Carole Péon en fin de rencontre, il aurait fallu faire venir des homophobes, pour tenter de comprendre d’où vient leur homophobie. La discussion fut néanmoins instructive et loin d’être superficielle. En voici quelques points forts, suivis de trois questions à Carole Péon.

Daniel Borrillo:

  • « Le sport est intimement lié à l’homosexualité historiquement. Cette proximité explique peut-être l’homophobie. »

Michel Royer:

  • « Dans le foot, les sponsors et l’entourage font pression pour que les homos ne fassent pas leur coming-out. »
  • « Il y a quand même une évolution: quand Martina Navratilova a été outée, elle a perdu ses sponsors, pas Amélie Mauresmo quand elle a fait son coming-out. »
  • « La contre-figure, l’ennemi du sportif, c’est l’homo. »

Bénédicte Mathieu:

  • « L’Insep a inscrit la lutte contre l’homophobie dans la formation des éducateurs. »

Daniel Borrillo:

  • « Comment se fait-il qu’il y ait autant de prêtres que de sportifs de haut-niveau qui font leur coming-out? »
  • « Les choses évoluent quand il y a des coming-outs. »

Michel Royer:

  • « Les clubs sportifs LGBT ont une dimension militante. Ils affichent publiquement l’idée que des gens homos sont des sportifs. »

Bénédicte Mathieu:

  • « Le sport est un lieu d’affect absolu, de passion absolue. »

Michel Royer:

  • « Le sport est le dernier endroit de la société, avec peut-être les jouets, où l’on fabrique les genres. »
  • « Il faudrait aussi faire avancer la mixité dans le sport ».

Carole Péon:

  • « En triathlon, on voyage ensemble, filles et garçons, les épreuves sont les mêmes. Après les épreuves des championnats du monde, qui ont lieu tout au long de l’année, il y a toujours une soirée où on se retrouve tous, filles et garçons du monde entier. Les autres athlètes apprécient que ma compagne (qui est aussi triathlète) soyons à l’aise avec notre homosexualité, ça les met à l’aise aussi que nous ne nous cachions pas. »

Michel Royer:

  • « Plus le sport est collectif et masculin, plus il est homophobe. Mais même dans des milieux où l’homosexualité est très bien acceptée, il y a une sorte d’omerta. On a vu des équipes de basket françaises championnes d’Europe où toutes les filles étaient homos, mais on ne peut pas le dire parce que les instances ont peur que les parents n’inscrivent plus leurs enfants dans les clubs. »

Retrouvez notre interview de Carole Péon en page suivante.