De la même façon qu’être invité-e dans l’émission d’Ellen DeGeneres est un passage obligé quand on est en promo, parler du harcèlement homophobe est en passe de devenir le « it message » à l’heure actuelle aux États-Unis, LE sujet sur lequel il faut s’exprimer.

Madonna, qui ne fait la promotion de rien en ce moment mais qui a quand même son image de star à entretenir, et pas juste avec ses clubs de gym, a fait d’une pierre deux cailloux hier en accordant une longue interview à Ellen DeGeneres, en direct de New York. L’entretien n’a pas été diffusé en totalité lors de l’émission, mais la version intégrale a très vite été mise sur la chaine YouTube de l’émission:

httpv://www.youtube.com/watch?v=ZxApMgtTVcY

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Madonna Full Interview on Ellen DeGeneres Show (11/09/2010)

Après un échange sur les poux (oui, oui), Ellen donne la parole à la chanteuse: « J’apprécie que vous ayez voulu parler de cette cause ici, parce qu’elle est très importante pour moi, et pour vous, à ce que j’ai compris. Alors parlez-nous ».

Et Madonna d’enchaîner: « J’ai l’impression qu’il serait incroyablement négligent de ma part de ne rien dire, je suis incroyablement bouleversée et attristée par le nombre effroyable de suicide d’adolescents qui ont été signalés récemment, liés au harcèlement. Le suicide est bouleversant de manière générale, que des adolescents se suicident est extrêmement bouleversant, mais entendre que des enfants se donnent la mort à cause du harcèlement qu’ils subissent à l’école, les dortoirs etc., c’est presque inimaginable. Je sais que pas mal de gens se sont exprimés publiquement sur le sujet, mais j’ai le sentiment qu’il faut que moi aussi je dise quelque chose. »

« JE N’AURAIS PAS EU DE CARRIÈRE SANS LA COMMUNAUTÉ HOMO »
« La communauté homo m’a toujours incroyablement soutenue, je n’aurais pas eu de carrière sans la communauté homo (applaudissements). Et j’ai aussi une fille adolescente, avec laquelle je parle sans cesse de cette question. J’ai donc l’impression qu’il faut que je dise quelques mots, peut-être avoir une sorte de discussion avec vous ».

Ellen DeGeneres: « Merci beaucoup pour cela. Je crois que beaucoup de gens, beaucoup de voix, et en particulier… Ce que je ne cesse de dire, c’est qu’ils apprennent de nous, et les médias jouent un rôle dans tout ça (…). Avez-vous été victime de brutes quand vous étiez enfant, vous sentiez-vous différente des autres? ».

Madonna: « Oui, c’est un euphémisme. Je me sens toujours différente. Je peux tout à fait me reconnaître dans le fait de se sentir isolé, mis à l’écart. Enfant, adolescente, je me sentais incroyablement seule, et je dois dire que je n’ai jamais eu le sentiment d’avoir ma place à l’école. Je n’étais pas sportive, je n’étais une intello (…). Ce n’est que lorsque mon prof de danse, qui était aussi homo, m’a prise sous son aile et m’a fait entrer dans une communauté d’artistes, d’autres personnes uniques en leur genre qui m’ont dit que c’était okay et bien d’être différent, qui m’ont emmenée dans une boite gay pour la première fois et, paradoxalement, m’ont donné le sentiment que je faisais partie du monde… Et je ne peux pas imaginer que des jeunes aujourd’hui traversent leur adolescence sans personne à qui parler, sans personne avec qui ils ont des affinités qui leur dise et leur répète qu’ils ont le droit d’être qui ils sont. « 

Ellen DeGeneres: « J’ai l’impression que ce que les jeunes ne comprennent pas, c’est que ce qui fait leur différence, et les isole, comme vous venez de le dire, c’est aussi ce qui les rend spéciaux, et qu’en grandissant, en règle générale, ce sont les tyrans qui ne font rien de leur vie, et qui deviennent des losers. »

Madonna: « Exactement. C’est ce qui vous rend unique, et vous fait vous sentir différent qui au bout du compte vous servira, mais il faut d’abord traverser cette période difficile (…). Tout le monde devrait avoir dans sa vie une personne qui apporte ses encouragements, que ce soit dans sa famille, à l’école… (…). »

Ellen DeGeneres: « Je sais que vous ne prêtez pas beaucoup attention à ce que disent les médias, mais comment gérez-vous le harcèlement dont vous faites l’objet? Parce que je pense que ça peut aider tout le monde. »

« NOUS VIVONS DANS UNE SOCIÉTÉ OÙ LE HARCÈLEMENT EST ENCOURAGÉ »
Madonna:
« (soupir) D’abord, j’essaie de ne pas accorder trop d’attention à cela. Ça peut être assez risqué d’aller sur internet et de lire ce que quelqu’un écrit sur son blog à votre sujet. Quand avez-vous lu quelque chose de positif sur qui que ce soit sur internet? [ndlr: Madge, tu ne lis pas les bons sites, tout le monde n’est pas gratuitement méchant sur internet]. Mon but n’est pas de taper sur internet, mais la plupart des médias, que ce soit la télévision, les magazines, Twitter, les blogs, on a un groupe de gens qui s’acharnent sur d’autres gens pour n’importe quelle raison, leur apparence, avec qui ils sortent, leurs choix par le passé, leurs vêtements… Nous vivons dans une société où le harcèlement est encouragé de façon générale, donc il n’est pas surprenant que les gamins aient l’impression que c’est autorisé sur n’importe quel sujet. C’est quelque chose que nous perpétuons, et dont nous sommes tous responsables. Et le truc avec internet, c’est que c’est un moyen de communication extrêmement puissant, avec des outils formidables pour réunir les gens, comme outil éducatif, mais il peut aussi être incroyablement destructeur. Il faut que les gens comprennent que nous prenons tous part à ce tourbillon d’acharnement qui existe à l’heure actuelle, que nous prenions conscience de notre propre attirance un peu cinglée pour cela, et par conséquent que nous accordions plus d’attention à nos enfants, et à l’étendue de l’accès que nous leur donnons à internet. »

Ellen DeGeneres: « Que dites-vous à vos enfants, sur le harcèlement? »

Madonna: « Ma fille m’a raconté l’autre jour que certains enfants à l’école faisaient des remarques désagréables sur d’autres enfants qui seraient homos, ou le fait que tout le monde porte du violet à l’école, par exemple. Je crois que ça la perturbait beaucoup. J’ai donc eu une conversation franche avec mes enfants de 14 et 10 ans sur le fait que certains ont des préjugés, et d’où cela vient. Parce que souvent, quand quelqu’un se conduit en tyran, ça veut dire qu’il a peur de quelque chose, de l’inconnu, de ce qui ne lui est pas familier. Ou c’est parce que lui-même a été victime de brutalité, parce que soyons clairs, quand on a soi-même été victime enfant, ça devient naturel de le faire aux autres. Donc nous parlons beaucoup de l’importance de ne pas porter de jugement sur ceux qui sont différents, qui ne correspondent à notre idée de ce qui est cool et de ce qui ne l’est pas (…). Le fait que l’on puisse torturer des jeunes parce qu’ils sont homos, comme je le disais tout à l’heure, c’est inimaginable, c’est comme de lyncher les noirs, ou Hitler exterminant les juifs. Désolée si j’ai l’air de me lancer dans une tirade, mais nous sommes en Amérique, la terre des hommes libres et la patrie des braves (applaudissements). »

« QUI SOMMES-NOUS POUR JUGER? »
« Nous sommes un pays fondé par des gens qui voulaient s’éloigner d’une façon désuète de voir la vie (…) De milieux différents, de religions différentes, de couleurs de peau différentes, nous nous retrouvons tous au sein d’un même peuple. Nous n’avons pas le droit de juger les gens sur leur couleur de peau, le chemin religieux qu’ils veulent suivre, leurs préférences sexuelles… Qui sommes-nous pour juger? C’est bête à dire, mais il suffit de s’imaginer en train de se faire harceler ou taper dessus à cause d’un choix qu’on a fait dans sa vie… Ne fais pas à autrui ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse (applaudissements). »

Ellen DeGeneres: « C’est le plus important. (…) Vous le savez mieux que personne, si vous jugez les autres, ils peuvent vous juger. »

En fin d’interview, Madonna propose un début de solution, une sorte de mission: « Essayez de passer une journée sans ragotter sur qui que ce soit, sans écouter de ragots, en vous en éloignant. Pouvez-vous imaginer à quoi ressemblerait votre journée, tout le temps libre que vous auriez en plus? Je crois aussi que vous vous sentiriez mieux dans votre peau. Lire un ragot donne une poussée d’adrénaline, mais après, on se sent vide. »

Et parce que c’est Madonna, quand même, Ellen lui demande quand est prévu son prochain album: dès qu’elle termine son film, elle retourne en studio faire de la musique.

Lors de la même émission, Ellen a accueilli l’actrice Kate Walsh (Private Practice, Grey’s Anatomy), venue présenter son parfum, « Boyfriend ». Voici la vidéo, juste parce qu’elle est trop jolie (à l’attention des fans: je ne dis pas que Madonna est moche, notez bien, je précise juste que Kate Walsh est jolie). Et les garçons sur le plateau ne sont pas mal non plus:

httpv://www.youtube.com/watch?v=uZ6kBJL3rpw

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Kate Walsh’s Hunky Fragrance Test

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