La lutte contre le sida ne peut être dissociée du combat pour les droits humains. Il aura fallu 18 conférences internationales, sur une période de presque 30 ans depuis l’apparition du sida, pour prendre en compte la dimension humaine du combat contre cette épidémie meurtrière.

À Vienne, les personnalités et les leaders ont insisté sur les progrès accomplis: 5,2 millions de malades sont aujourd’hui traités. « Qui aurait pu imaginer cela il y a encore quelques années? », a-t-on pu entendre dans la plupart des discours. Je répondrais: les activistes.

RETOUR EN 1994
Une des toutes premières fois où l’accès aux traitements fut mentionné, c’était à Paris, en 1994, à l’occasion du sommet des chefs d’État et de gouvernement organisé par Simone Veil. En marge de ce sommet, plusieurs associations, dont Act Up-Paris, avaient organisé celui des associations activistes de personnes atteintes, où la question des traitements fut posée. Tout nous fut opposé: le coût des traitements, l’absence de structures de soins dans les pays pauvres, la non observance des malades, le marché noir… Tous ces « obstacles » ont été, heureusement, levés.

Même si je suis particulièrement heureux du résultat, je ne peux me satisfaire de ces chiffres de mise sous traitement, 16 ans après cette réunion de Paris. Deux tiers des malades qui en auraient besoin n’ont pas accès aux traitements et beaucoup vont mourir.

TRAITEMENT
D’une conférence à l’autre, les acronymes évoluent. À Mexico, en 2008, la conférence découvrait TASP (Treatment As Prevention). À Vienne, bienvenue à TISP (Treatment IS Prevention). Les études qui montrent que le traitement, en diminuant très fortement la charge virale, évite des nouvelles infections, se multiplient (mais portent toutes sur les transmissions hétérosexuelles). Avec une politique volontariste de dépistage et de traitement, nous avons les moyens de casser la dynamique de l’épidémie.

DROITS HUMAINS
Mais on en revient au thème de cette conférence, les droits humains. Avec toute la meilleure bonne volonté et les moyens du monde, et les grands bailleurs de fonds ne manquent ni de l’une ni des autres, la bataille ne sera pas gagnée sans les personnes atteintes. Car la stratégie TISP leur fait porter toute la responsabilité de la prévention: vous devez vous traiter, pas forcément parce que vous en avez besoin, mais pour protéger les autres. Cette stratégie, que certains considèrent cependant complémentaire des méthodes efficaces et connues de prévention (capote, circoncision…), ne pourra pas réussir sans une transformation radicale, qui commencera par la suppression de toutes les lois qui criminalisent la transmission, voire même le non dévoilement du statut sérologique.

Comment peut-on mettre en place une politique efficace de Test and Treat (testez-vous, traitez-vous) si les individus ont peur de s’exposer à la stigmatisation et aux discriminations? Je ne dis pas qu’il ne faut rien faire. Au contraire, si nous gagnons sur le terrain des droits humains, pour les femmes, pour les usagers de drogues, pour les trans’, les gays, les jeunes, nous aurons encore montré que la lutte contre le sida est universelle et dépasse la question médicale.

OCCASION MANQUÉE
Dernière réflexion. Vienne aura été la conférence d’une occasion manquée, celle de regarder en face l’épidémie chez les LGBT et plus particulièrement chez les gays (nommés MSM, Men who have Sex with Men). Les chiffres ont beau montrer que dans les pays riches comme dans les pays du Sud, les homos paient un très lourd tribut à l’épidémie, seules 2% des communications ont été consacrées à cette question. Cela tient en partie aux objectifs que se fixent les organisateurs de ces conférences internationales. En invitant des vedettes (Annie Lennox) et des personnalités (Bill Gates, Bill Clinton), elles offrent aux médias des images mémorables. Mais pour ne pas perdre leur intérêt, elles doivent renouveler le casting et le scénario tous les deux ans. Les gays étaient au centre de la scène à Mexico. À Vienne, ils sont (presque) restés en coulisses.

Suivez l’actualité de la conférence sur le sida de Vienne sur Yagg, en partenariat avec Libération.fr et VIH.org.

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