« Pêchez dans la joie avec Saint Latex et Saint Gel Aqueux, Saint Fémidon, Saint Digue Dentaire, Saint Gant de Latex… » préconisent les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence du Couvent de Paris, premier couvent français, qui fêteront en septembre prochain leur 20 printemps. Pour l’occasion, les Sœurs organisent des festivités dès ce week-end dans la capitale.

SAN FRANCISCO, 1979
L’ordre des Sœurs de la Perpétuelle Indulgence est né à San Francisco, d’un pari un peu décalé que s’étaient lancés quatre copains homos militants, un samedi de Pâques 1979. En ce jour de samedi saint, ils avaient revêtu les robes de nonnes qu’un couvent leur avait données trois ans auparavant pour leurs activités de music-hall. Armés de mitraillettes en plastique rose, ils avaient investi Castro, la quartier gay historique de San Francisco, et dans leurs nouveaux costumes, ils avaient commencé à prêcher leur parole militante. Leur succès ne s’est pas fait attendre.

PARIS, 1990
Depuis, dans le monde entier, des hommes et des femmes ont emboîté leur pas et ont ouvert des Couvents. C’est ainsi qu’un 11 septembre 1990, 11 ans après leurs ainées, sur les marches de la chapelle de la Sorbonne, les 4 Sœurs fondeuses (mélange de pondeuses et fondatrices) créaient la première Maison française, le Couvent de Paris, maison-mère des Couvents de France, devenue association loi de 1901 depuis 1991.

« En mission de sainte hilarité », les Sœurs se veulent présentes partout où l’on a besoin d’elles, souhaitent porter un message fort d’estime de soi et de respect d’autrui, et de lutte contre le sida et l’homophobie. Visibles, provocantes, fières, folles hystériques et radicales, elles investissent les rues de Paris et tentent de choquer pour faire réfléchir, le tout dans la joie et la bonne humeur. Les Sœurs prononcent en effet six vœux, leurs six crédos: la promotion de la joie « multiverselle », l’expiation de la honte et de la culpabilité stigmatisante, la paix et le dialogue entre communautés, la charité, l’information et la prévention du VIH et des autres IST, le droit et le devoir de mémoire.

PIQUE-NIQUE ET « DINDES » DANS LE MARAIS
Ce week-end, les Soeurs ont prévu un programme haut en couleurs. Dimanche 25 juillet, pique-nique sur les bords de Seine. Le rendez-vous est donné à partir de 13h au pied de la Passerelle Léopold Sédar Senghor (Solférino, face au Musée d’Orsay). Vers 18h, « un troupeau de dindes sacrées déboulera dans les rues du Marais et aux alentours », annonce les Sœurs. Le lendemain, lundi 26 juillet, les Sœurs feront une tournée en bus dans la capitale.

Sœur Amora

Pour en savoir un peu plus sur les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence et découvrir ce que réservent les festivités, Sœur Amora, ou plus exactement Sœur Amora Forte de la Monte-au-Nez, « cheftaine des majorettes » comme elle se qualifie elle-même, a accepté de répondre à nos questions.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, pouvez-vous vous présenter? Quel message portez-vous? C’est avant tout un mouvement de lutte contre l’homophobie et le sida. Les Sœurs ont été crées aux États-Unis, à San Francisco, en 1979, et ce sont les deux grandes causes que nous avons choisi de relayer à la création du Couvent de Paris, en 1990. C’est une association avec des modes opératoires très différents des autres associations, qui reposent sur l’humour, la provocation, les costumes, le maquillage haut en couleurs. Nous sommes des représentantes du Couvent de Paris, mais l’ordre est en réalité aujourd’hui présent dans différentes maisons: le Couvent du Nord, le Couvent des Chesnaies dans le sud-est, les Couvents de Paris et de Paname, les Missions des Pucelles à Rouen et des Violettes à Toulouse.

Comment le Couvent de Paris est-il né? C’est Sœur Rita du Calvaire qui a découvert le mouvement et le travail de nos aînées américaines lors d’un voyage aux États-Unis. Elle a trouvé ça fantastique! Dans la vie, elle est sociologue. Elle a tout de suite compris qu’il s’agissait d’une façon formidable de porter des messages de lutte contre le sida et l’homophobie.

Le but est que les gens s’interrogent sur nous, pour qu’ils viennent vers nous et s’intéressent du coup à ce que nous faisons. Nous faisons de la provoc’, des choses qui vont susciter le questionnement… Il y a six vœux que l’on prononce lorsque l’on devient Sœur: l’un des plus importants est la déculpabilisation, le droit d’être « une folle tordue ». On appelle ça « l’expiation de la culpabilité stigmatisante ». C’est vraiment l’un des points fondamentaux de notre action au quotidien. Par la bonne humeur, l’humour, notre mission est de promulguer la joie, de faire en sorte que les gens se sentent bien. C’est vraiment notre crédo, notre troisième objectif après la lutte contre le sida et l’homophobie. Nous sommes un mouvement très sérieux, nous luttons pour des causes très sérieuses, mais nous ne nous prenons pas au sérieux.

L’un de vos messages importants concerne la prévention. Comment procédez-vous? Pour nous, la prévention contre le VIH passe d’abord par l’écoute. On n’est pas là pour culpabiliser les personnes qui ne mettent pas de capotes, mais plutôt pour les faire s’interroger. Nos habits, nos personnages, nous rendent plus faciles d’accès. Le public nous voit différemment que si l’on était en civil. On est moins impressionnants qu’un médecin.