C’était il y a trois ans. Le professeur Bernard Hirschel, infectiologue à l’université de Genève, lâchait une petite bombe: les traitements antirétroviraux ont une conséquence indirecte, ils rendent le patient quasiment non contaminant en faisant diminuer très fortement les particules de virus circulant dans le sang. Et ce Suisse d’insister et de lancer une formule: « le traitement comme prévention ».

Le constat qu’il faisait n’avait rien de révolutionnaire, mais il était le premier clinicien à le dire clairement, et surtout à essayer d’en tirer toutes les conséquences. Il disait même que le traitement se révélait plus efficace que le préservatif, celui-ci risquant de casser ou de ne pas être disponible.

L’année suivante, en août 2008, lors de la conférence mondiale qui se tenait à Mexico, Bernard Hirschel promenait sa silhouette de professeur Tournesol, un peu isolé, un peu égaré. On l’écoutait, tout le monde l’écoutait, mais sur le côté. Pourtant, tout ce qu’il disait avec force se confirmait: ainsi, dans les études sur les couples séro-discordants (c’est-à-dire des couples où l’un est séropositif et l’autre séronégatif), si celui qui est infecté suit un traitement, alors le risque de contamination dans le couple est presque nul. D’autres études, plus générales, montraient que dans des régions où les séropositifs étaient largement traités, alors le nombre de nouvelles infections baissaient.

Mercredi 21 juillet, à la conférence de Vienne, nous avons retrouvé un autre Bernard Hirschel. Il est intervenu en séance pleinière. La cinquantaine, costume trois pièces, élégant et  ironique, il triomphait, à sa façon, modeste et efficace. « Aujourd’hui, le traitement est plus efficace que le préservatif en Afrique », a-t-il répété.

Et de montrer toute une série d’études, pointant des liens forts entre le nombre de personnes traitées et la baisse de nouvelles infections. Une projection de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), à partir d’un modèle mathématique, aboutit même à la conclusion que si l’on traite la très grande majorité des séropositifs dans le monde, en moins de dix ans la pandémie est bloquée.

Bernard Hirschel a écouté, avec un léger sourire. Puis il a terminé sa présentation par une diapositive, montrant que l’avenir restait « une course d’obstacles ».

Éric Favereau, Libération.fr

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