Pour VIH.org, Gilles Pialoux et France Lert ont lu le rapport d’experts, remis à la ministre de la Santé à Vienne. Nous reproduisons cet article sur un rapport fondamental pour la prise en charge des personnes séropositives, avec l’aimable autorisation des auteurs.

C’est une cuvée exceptionnelle — et tant attendue — que ce Rapport Yéni 2010. Tout d’abord parce que, sous l’impulsion de différents rapports censés guider les politiques de lutte contre le sida (avis du CNS, Rapport sur la RDRs, rapport de la Cour des Comptes, rapport de la HAS sur le dépistage VIH…), la lettre de Mission remise par la ministre fin 2009 à Parick Yéni avait était substantiellement modifiée.

C’est ainsi que les nouveaux outils de prévention et les changements à impulser en matière de dépistage VIH figuraient clairement dans le cahier des charges de ces nouvelles actualisations des recommandations nationales. Ainsi que les changements de conceptualisation du When to start? poussés par les théories de l’inflammation chronique, les données de cohortes récentes sur la perte de chance que constitue un taux de CD4 inférieur à 500/mm3 et aussi sous la pression du Tasp (Treatment as Prevention). Tasp, qui semble d’ailleurs glisser, au sein de cette 18e conférence mondiale sur le sida, n’en déplaise aux rares « prophylaxo-sceptiques », vers Treatment is Prevention!

Des recommandations d’experts, qui comme le rappelle la lettre ministérielle de Mission, « constituent une référence nationale pour l’ensemble des professionnels de santé concernés par l’infection par le VIH ainsi que pour les usagers du système de santé ». C’est donc face à ce changement de paradigme espéré et/ou attendu par la grande majorité des acteurs de la lutte contre le sida et dans un contexte d’attente du Plan national de lutte contre le sida (2010-2014) que cette première mouture « provisoire » du rapport Yéni 2010 s’inscrit. Et qu’une rapide lecture sur PDF permet d’en détacher les lignes de force.

Le parti pris du groupe Yéni aura été, semble-t-il, de ne changer ni la méthode ni le groupe central d’experts, en dehors des nécessaires actualisations de représentants institutionnels ou associatifs, ni le fonctionnement. « On ne change pas une équipe qui gagne » et plusieurs études dont Vespa démontrent que les recommandations d’experts sont particulièrement suivies, faisant de ce rapport un modèle à poursuivre.

LE CURSEUR DE LA MISE SOUS TRAITEMENT
Premier changement de taille, le curseur de la mise sous traitement antirétroviral, à l’instar des recommandations nord-américaines est passé de moins de 350 CD4 à la tranche 350-500 CD4. Les patients « asymptomatiques ayant un nombre de lymphocytes CD4 compris entre 350 et 500 mm/3 » doivent « débuter un traitement antirétroviral sauf si le patient exprime qu’il n’est pas prêt ». Le choix des molécules proposées est élargi et ne manquera pas d’alimenter les discussions entre industriels, prescripteurs et personnes atteintes. À noter que dans cette édition, le « souhait de réduction du risque de transmission sexuelle » constitue à lui seul une indication au traitement antirétroviral à plus de 500 CD4.

Autre changement, de discours cette fois: la Réduction des risques sexuels (Rdrs), comme la « prévention combinée », fait clairement son entrée dans les bases des recommandations de prise en charge des personnes (pages 43,81, 96,98…), preuve s’il en faut que le terme, comme aime à le souligner Didier Lestrade (fondateur d’Act Up-Paris) « ne fait plus problème ». On citera par exemple, concernant l’outil de prévention que constitue le contrôle de la charge virale, cette phrase page 98 permettant de mesurer le chemin parcouru: « Dans les relations stables, entre personnes sérodifférentes ou séroconcordantes, le contrôle de la charge virale doit être considéré comme une méthode de réduction des risques supplémentaire et efficace lorsque le préservatif n’est pas utilisé ». Le volet Prévention positive s’ouvre clairement à la lecture de ces 418 pages même s’il semble plutôt laissé à la responsabilité des associations et des Agence de santé régionales (ARS).

Pour la première fois, le rapport envisage de façon détaillée la procréation naturelle dans les couples et le soutien à leur apporter, ce qui était de longue date le combat du Comité des Familles. Avec comme illustration cette recommandation page 182: « Aider le couple à repérer la période d’ovulation pour les limiter les rapports non protégés à la période de l’ovulation ».

France Lert, Inserm U687 et Gilles Pialoux, VIH.org

N.B.: France Lert était membre du groupe de travail « Conditions de vie pour un succès thérapeutique » et Gilles Pialoux était membre du groupe de travail « Co-infections par le Vih et les virus des hépatites ».

Téléchargez le Rapport 2010 sur la prise en charge médicale des personnes infectées par le VIH sous la direction du Pr. Patrick Yéni (PDF, 2Mo).


Vih.org – Le rapport Yeni présenté à Vienne 2010
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Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo, cliquez sur Vih.org – Le rapport Yeni présenté à Vienne 2010.

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