Y avait-il pourtant meilleure tribune qu’une conférence mondiale pour adresser aux médias le message des malades? Act Up s’est-elle assagie? En tout cas, l’association activiste n’a pas saisi l’opportunité d’une action publique à Vienne et la ministre aura réussi à passer quelques heures à la conférence sans être réellement interpellée. Voici comment.

Premier acte. La semaine dernière. Par deux fois, le cabinet de la ministre réunit les associations de lutte contre le sida pour parler de Vienne et des dossiers les plus brûlants. Parmi les points de friction, le dépistage communautaire, cher à Aides, et les salles de consommation pour les usagers de drogues pour renforcer la prévention, une longue revendication d’Act Up-Paris et d’un collectif d’asssociations. C’est d’autant plus important que la politique de réduction des risques, qui a réussi à faire baisser de façon spectaculaire les contaminations par le VIH chez les usagers de drogue, commence à montrer des signes de faiblesse.

MESSAGE OPTIMISTE
Le cabinet fait passer un message clair: Roselyne Bachelot lancera l’expérimentation des salles de consommation et la ministre l’annoncera à Vienne. La menace d’un zap (une action publique) contre la ministre s’estompe. À notre arrivée, samedi 17 juillet, au Centre de la conférence, c’est d’ailleurs ce message optimiste que les militants associatifs font circuler.

Deuxième acte: lundi matin. Dans Libération, Roselyne Bachelot semble reculer sur la question des salles de consommation supervisée. Rappelant que l’Inserm vient de lui remettre un rapport favorable à ces lieux où les usagers de drogue peuvent recevoir un soutien, elle déclare à Éric Favereau: « Il nous revient de prendre en considération cet avis et d’engager une concertation avec tous les partenaires concernés, notamment les collectivités locales ». Il n’est plus question d’ouvrir les « salles de shoot », mais d’en discuter.

LA TEMPÉRATURE MONTE
La température monte alors de plusieurs degrés, et les réactions des associations ne se font pas attendre (lire Les associations très déçues par l’interview de Roselyne Bachelot). À la colère d’Act Up sur les salles de shoot, s’ajoute l’incompréhension de Aides qui juge que la ministre reste floue sur le dépistage communautaire.

Dès son arrivée à Vienne, la ministre déjeune avec des médecins et des scientifiques, puis passe un peu de temps avec Françoise Barré-Sinoussi, prix Nobel de médecine 2008.

ACT UP NEUTRALISÉE
À 15h30, Roselyne Bachelot, comprenant que la maison commence à brûler, réunit des représentants de Aides, Act Up et Sidaction, afin de clarifier les points de friction, mais hors de la présence des médias. Les représentants d’Act Up sortent soulagés: la ministre vient de leur dire que si les villes de Paris et de Marseille confirmaient leur volonté d’ouvrir des salles de shoot, elle suivrait et autoriserait leur ouverture, allant même jusqu’à participer à leur financement. Act Up est neutralisée.

Sa tournée-express la conduit ensuite sur le stand France, où elle fait un passage éclair. Dix minutes plus tard, elle est sur le stand de Aides pour un dépistage rapide et une séance photo. Aides est neutralisée.

Elle passe ensuite sur le stand d’Act Up. Puisque la route est dégagée, la ministre peut se le permettre.

CONFÉRENCE DE PRESSE
À 18h15, Roselyne Bachelot réunit la presse et se fait remettre le rapport d’experts sur les recommandations de traitement. Un livre qu’elle oubliera d’ailleurs sur le podium.
Dans sa déclaration, elle est beaucoup moins claire sur les salles de consommation que pendant la réunion avec les associations, puisqu’elle renvoie tout à la concertation. Jérôme Martin, trésorier d’Act Up, l’interpelle mais les autres militants de l’association ne le rejoignent pas dans sa protestation. Son geste ne lui vaut que le silence gêné des autres participants. Personne ne relayant sa colère, l’entourage de la ministre sonne la fin de la conférence de presse. « Si elle ne part pas maintenant, elle va louper son avion », nous explique-t-on. Fermez le ban.

Roselyne Bachelot aura en tout cas réussi son opération de communication et de neutralisation. Elle est venue à Vienne sans être zappée par Act Up-Paris. Roselyne Bachelot: 1. Act Up-Paris: 0.

Suivez l’actualité de la conférence sur le sida de Vienne sur Yagg, en partenariat avec Libération.fr et VIH.org.

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