À l’occasion de la session d’ouverture de la 18e conférence internationale sur le sida, chercheurs et médecins ont joint leur voix à celles des activistes et utilisé les chiffres issus de leurs études pour appeler à renforcer la réponse à l’épidémie. Sur tous les fronts.

La salle est gigantesque, comme la tâche qui motivent ceux qui s’y retrouvent. Alors que certains participants s’activent depuis maintenant deux jours, le coup d’envoi officiel de la conférence a été donné dimanche 18 juillet au soir, à Vienne, en Autriche. Les intervenants se sont succédés à la tribune pour rappeler les grandes questions au cœur de la réponse à l’épidémie et pour étayer de chiffres les exigences politiques des activistes. Des activistes qui ont occupé la scène au début de la cérémonie.

DES FINANCEMENTS QUI STAGNENT
Contrairement aux premières Conférences, les activistes savent que la plupart des personnes présentes leur sont acquises. Mais ils s’inquiètent de voir l’implication des pays financeurs faiblir. Un rapport de l’Onusida et de la Kaiser Family Foundation, rendu public ce dimanche, montre déjà que la participation financière des pays donateurs a stagné dès le milieu de l’année 2009.

Le chercheur français Yves Souteyrand, coordonnateur de l’unité Information stratégique du Département VIH/Sida de l’OMS à Genève, a, dans sa présentation, tiré les enseignements des données épidémiologiques concernant le VIH/sida. Avec plus de 5 millions de personnes sous traitement dans les pays à revenus faibles ou modérés, l’impact des ARV sur la mortalité des personnes vivant avec le VIH commence à pouvoir être évaluée. Ainsi, en Afrique du Sud, ce sont 440000 morts qui ont pu être évitées, un chiffre augmentant d’autant la prévalence. « La prévalence par elle-même n’est pas un chiffre très pertinent, explique Yves Souteyrand, parce que c’est à la fois le résultat de plus d’infection et de moins de décès ».

ÉNORME DÉCEPTION DES ORGANISATEURS
Julio Montaner, président de l’International AIDS Society (photo) a exprimé son énorme déception suite aux réunions du G8 et du G20, rappelant que sans accès universel, les objectifs du millénaire ne seraient pas atteints en 2015. Il a également émis le souhait que Nicolas Sarkozy, qui sera l’hôte du prochain G8, se souvienne de l’appel à mobilisation lancée par sa femme Carla, porte-parole du Fonds mondial, à saisir l’opportunité historique qui s’offrent aux pays donateurs de mettre un terme à l’épidémie.

Les applaudissements étaient polis mais moins nourris pour le ministre autrichien de la Santé Alois Stöger, visiblement peu à l’aise sur scène, certainement parce que son pays a décidé de ne plus financer les  programmes de santé internationaux.

UNE ÉPIDÉMIE EXPLOSIVE EN EUROPE DE L’EST
Les faits et les chiffres viennent encore confirmer l’importance du message de la conférence — « Rights now, Right here » — , rappelant que la question des droits humains est indissociable de la solution au problème du sida. La situation épidémiologique et humaine dans les pays de l’Est et d’Asie centrale, présentée par Vladimir Zhovtyak et Alexandra Volgina, l’illustre douloureusement

C’est dans cette région du monde que le sida progresse le plus vite, surtout parmi les usagers de drogue, les travailleurs du sexe, les femmes et les gays. La prévalence a ainsi doublé depuis 2001, portant à 1,5 million le nombre des personnes atteintes.

La répression, la discrimination sont autant de freins à la lutte contre le sida et les chiffres sont sans appel: 400 contaminations par jour, une prévalence explosive dans certaines population (entre 10% et 23% chez les homosexuels ukrainiens, par exemple) et une personne vivant avec le VIH sur quatre est en prison.

Dans son intervention, Yves Souteyrand a souligné l’intérêt de la réponse de l’Ukraine qui a su se doter d’outils de mesure de l’épidémie approprié et s’appuyer sur les associations d’usagers de drogues pour diminuer le nombre de contamination dans cette population. Des bons résultats qui ne pourront se confirmer que par le renforcement de la protection des droits humains.

Traitement comme prévention, situation dans les pays de l’Est, droits de la personne humaine: toutes les questions qui agiteront la conférence ont été abordées par une communauté sida galvanisée par la perspective, à portée de main si les financements sont à la hauteur, de mettre à terme à l’épidémie.

« Montrez nous l’argent pour la santé », demandait Paula Akugizibwe, activiste rwandaise, s’adressant aux gouvernements. Les activistes ont les chiffres de leur côté.

Charles Roncier, VIH.org

Manifestation des activistes à l’ouverture de la conférence de Vienne:
httpv://www.youtube.com/watch?v=VXha-PgnyQM
Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Vienne 2010: manifestation des activistes.

Suivez l’actualité de la conférence sur le sida de Vienne sur Yagg, en partenariat avec Libération.fr et VIH.org.

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