Été oblige, l’actualité du ghetto ne se renouvelle pas beaucoup plus que le 20 heures de France 2. Alors que le second tourne autour du dernier lifting L’Oréal au ministère de l’Économie, dans la première, c’est l’affaire de la clinique catalane qui fait long feu…
Dommage que dans un lieu portant le nom d’un parc si agréable on se soit amusé à pourrir des vies avec autant d’assiduité. J’aurais sans doute snobé une telle bêtise, mais ayant subitement décidé de poser mes valises dans un pays où ce genre de pratique n’est pas tout à fait étrangère (merci aux groupes religieux qui l’encourage), les mêmes absurdités en la vieille Europe ont, chez moi, raisonné particulièrement.
Une récente exposition à mes aïeux, prompts à exporter, dans leurs prêches, l’intolérance sous d’autres latitudes, m’a même fait me sentir un peu coupable de mon désintérêt.
Je me suis alors demandé, pour compenser, si, la possibilité m’étant offerte, je reviendrai sur ma sexualité. Sachant qu’il est bien rare de trouver un pédé qui ne se soit pas, un jour, senti mal (voire très mal) pour une raison, directement ou indirectement, liée à sa sexualité -moi y compris- je m’apprêtais à mener un véritable débat intérieur!
Puis en fait, non. La conclusion s’est imposé d’elle même.
En grandissant, j’ai réalisé à quel point tous les aspects négatifs de la sexualité n’appartiennent qu’à ceux qui les formulent, les brandissent comme les étendards de valeurs qu’ils bafouent eux-mêmes sans broncher. En particulier pour l’homosexualité. Le jour où je me suis vu dans la glace et où je me suis dis: « voyons, je suis pédé, et en fait ça ne change rien! », j’avais tout à fait raison.
Et en même temps fondamentalement tort. J’avais compris que je n’étais ni plus ni moins que tout un chacun. Mais que serais-je devenu si j’avais été capable de trouver émoustillante la couverture de FHM?
Qu’est ce que cela aurait changé si j’avais grandi hétéro dans mon cocon? Si j’avais collé aux cases. Homme, blanc, hétéro, classe moyenne, éduqué. La majorité. Celle qui ne se remet jamais en question.
Tout à fait cela. Je ne me serai sans doute pas remis en question. Pas forcément méchant. Mais de passer de l’autre côté du miroir m’aura au moins offert de relativiser mon monde; cela m’aura offert l’autre au regard, sous l’angle de la fragilité et de la beauté de la différence. Par extension cela aura permis d’ouvrir les yeux de mes parents, de mes grand-parents (reste encore du boulot à ce niveau, mais on est sur le coup!).
On se construit, bien et solide, face à ce genre de difficultés. On les surmonte, car autour, il y a des gens pour nous aider, nous montrer les voies que jamais nous n’aurions empruntées par pure ignorance, ou un peu par mépris. Plus on nous enfonce, plus on nage vers la surface: et je crois que l’on en sort meilleurs.
 Puis on finit par y trouver ses avantages, on a le droit de regarder Glee à la TV, de mettre des crèmes pour pas vieillir et de croiser les jambes de façons pas virile! On s’en fiche: on est déjà pédé ^^ on a plus rien à prouver!
Hé oui, la conclusion s’impose alors: plus dur, sûrement, le chemin qui nous est échu (je me sens comme un Christ de Mel Gibbson, yuk :/ ), mais c’est ce qui nous fait aussi un peu plus forts et un peu plus tolérants.
PS: du moins j’espère car, cela m’amène à deux remarques.
La plus facile d’abord: on voit qu’il en coûte parfois cher d’arriver à sortir la tête de l’eau, et daller le chemin pour les générations futures devrait nous sembler naturel, jusqu’au jour où les homos pourront parler de leur homosexualité avec la morgue de la classe dominante (ça fait peur, hein! :)). Rien n’est acquis et c’est pas vulgaire de se pointer à la Gay Pride de temps en temps…
Quant aux comportements bêtifiants de classes dominantes, il s’agirait peut-être de ne pas se les approprier trop vite. Je suis tous les jours un peu plus peiné de ce que je lis, en particulier dans les profils de rencontre, et de ce que j’entends, de discrimination et de rejets à l’égard des «folles», «efféminés» et tout ce qui ne colle pas avec les visions de chacun. Avoir ses goûts, c’est une chose. Les exprimer par le mépris de la différence, c’en est une autre! Il faut croire que j’étais un peu idéaliste en pensant que les victimes ne deviennent jamais les bourreaux. Il ne manquerait plus que le milieu s’achemine plus vite sur le chemin de l’X-phobie que le monde extérieur sur celui de la tolérance!
Définitivement, mon nouveau pays d’adoption me ronge, la mode du prêche me gagne! Vite un pot de confitures Bonne Maman!

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