À l’approche de la conférence internationale sur le sida, qui se déroulera à Vienne du 18 au 23 juillet prochain, les scientifiques sortent de leurs laboratoires et communiquent tous azimuts. C’est à qui aura la Une des journaux, tant le sujet continue de susciter l’intérêt des médias, au détriment des autres problématiques liées à cette maladie.

Coup sur coup cette semaine, deux publications ont relancé l’espoir. Le 2 juillet, dans la revue Nature Biotechnology, des chercheurs de l’université de Californie du Sud annonçaient qu’ils avaient réussi à rendre le système immunitaire résistant au VIH en introduisant des cellules souches modifiées dans l’organisme. La voie vers un traitement plus efficace des personnes atteintes était ouverte. Jeudi 8 juillet, ce sont des chercheurs américains de l’Institut national des allergies et maladies infectieuses qui ont annoncé qu’ils avaient identifié deux anticorps neutralisants (VRC01 et VRC02) capables d’empêcher la fixation sur les cellules humaines de 90% des souches virales testées.

GAYLIB SALUE CES AVANCÉES
Dans les deux cas, la presse a tôt fait de titrer sur un nouvel espoir. Hier, du Figaro à Elle, de TF1 News à Métro, c’est plus ou moins le même titre qui faisait la Une (voir photo). Même des associations LGBT saluent ces avancées. Ainsi, GayLib a diffusé hier un communiqué de presse pour saluer les efforts des chercheurs à la recherche d’un vaccin tout en soulignant que « malgré cette avancée importante, seul le port du préservatif protège de la transmission du VIH-sida et plus largement des MST ».

Un rappel judicieux car en matière de vaccin, il y a loin de la coupe aux lèvres. Même si l’on doit se réjouir que la recherche progresse, nous avons aussi été échaudés par des annonces qui ne sont restées qu’effets d’annonces, sans résultats concrets. Dès 1984, et la découverte de l’agent causal du sida, le VIH (virus de l’immunodéficience humaine), les scientifiques et les médias ont régulièrement titré sur l’espoir d’un vaccin. Nous vous l’avions montré avec cette vidéo de l’Ina (Le sida serait en passe d’être vaincu).

Vingt-six ans plus tard, la recherche a progressé, mais surtout dans le domaine du traitement. Près de 30 médicaments existent, et des millions de malades en bénéficient. Mais l’immense majorité des séropositifs continuent d’attendre un traitement et même si la mortalité a diminué, le sida reste une des épidémies les plus meurtrières. En matière de vaccin, en revanche, nous sommes passés d’une phase résolument optimiste, au milieu des années 80, à beaucoup de scepticisme dans les années 90 et 2000. Certains évoquant même la perspective d’une impossibilité à mettre au point un vaccin très efficace.

DES CANDIDATS VACCINS JUSQU’ICI PEU EFFICACES
Pour l’instant, les précédents essais à grande échelle ont montré que les candidats vaccins conféraient une protection limitée à 30%: on est très loin de l’efficacité du préservatif… et de celle du traitement. Car la stratégie a changé. On sait aujourd’hui que la prise d’un traitement hautement efficace permet non seulement aux séropositifs de mener une vie quasi normale, mais en plus réduit considérablement les risques qu’ils transmettent le virus à leurs partenaires sexuels. Récemment, le Pr Willy Rozenbaum, un des pionniers de la lutte contre le sida, s’insurgeait sur Yagg contre le projet gouvernemental, qui ne prenait pas en compte cette nouvelle donne: pour réduire le poids de l’épidémie, il convient de dépister en masse, pour permettre aux 40 à 50000 séropositifs qui l’ignorent encore (rien qu’en France), de bénéficier d’un suivi et d’un traitement. C’est comme cela que l’on peut freiner la progression de l’épidémie… en attendant un vaccin.

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