Dans une lettre à l’Inter-LGBT expliquant son absence lors de la Marche des Fiertés de Paris qui a eu lieu le 26 juin dernier, Bertrand Delanoë annonçait que Jean Le Bitoux avait légué son fonds d’archives à la Ville de Paris et expliquait l’importance du projet de Centre d’archives LGBT de Paris pour le fondateur de Gai Pied.

Yagg fait le point sur ce projet et son état d’avancement, alors qu’il semble stagner depuis plusieurs années.

« INTERLOCUTEUR OPÉRATIONNEL »
« Le vendredi 18 juin, une lettre a été envoyée à la Mairie de Paris par les légataires testamentaires de Jean Le Bitoux, son dernier compagnon et son ex-compagnon, et par les frères de Jean Le Bitoux », explique à Yagg Hussein Bourgi, président du Mémorial de la déportation homosexuelle. Ce courrier comportait deux demandes du fondateur de Gai Pied: « il informe d’abord du legs indivisible des archives et que ce legs indissociable est destiné au Centre d’archives LGBT. Puis ses héritiers et ses frères demandent au Maire de Paris de désigner un « interlocuteur opérationnel ». Cet interlocuteur sera chargé de mettre en œuvre la donation. Soit la Mairie de Paris est en mesure de réceptionner les archives et les stocker le temps que le centre sorte de terre, soit il faudra que les héritiers les conservent en attendant ».

« Depuis le décès de Jean Le Bitoux, je suis cet interlocuteur, précise à Yagg Philippe Lasnier, qui s’occupe des questions LGBT à la Mairie de Paris. Ces archives représentent environ 2 mètres cube, soit 40 cartons, ajoute-t-il. La recherche de lieu de stockage en attendant que le centre ouvre est en cours ».

« J’ai rencontré à trois reprises Jean Le Bitoux dans les mois qui ont précédé son décès, déclare à Yagg Louis-Georges Tin, du Comité Idaho, chargé du dossier du centre. Il m’avait exprimé son désir de nous confier ses archives, comme il l’a confirmé dans son testament. C’est le fruit d’un accord élaboré depuis près d’un an. Sa décision a suscité en moi une certaine émotion, mais aussi un sentiment très fort de responsabilité. Il s’agit de Jean Le Bitoux: il représente à lui tout seul cinquante ans de mobilisation gay et lesbienne, de la mémoire de la déportation au sida en passant par Gai Pied« .

« LE PROJET DOIT ÊTRE MENÉ À BIEN »
La Ville de Paris est en attente d’un Centre d’archives LGBT depuis des années mais il se pourrait bien que ce projet prenne un nouveau tournant dès la rentrée prochaine.

« Le projet date de 2001. L’Inter-LGBT le portait et l’a fait valider par le Maire de Paris. C’est une institution montée sous la houlette de Jean Le Bitoux, rappelle Philippe Lasnier. Il y a eu des polémiques de quelques personnes qui voulaient être dans les instances mais la Mairie n’impose rien, on ne donne pas d’ordres aux associations, ajoute-t-il. Il y a eu également des attaques violentes, surtout lorsque Jean Le Bitoux était malade. Avec le travail en aval de Jean Le Bitoux, Louis-Georges Tin a réussi à mettre les gens autour de la table. Le projet doit être mené à bien. L’urgence est que rien ne se perde. La priorité, ce sont les documents écrits mais aussi audios et vidéos. La Ville est prête à dénicher un local à louer par l’association qui soit bien placé en termes logistique et humain mais elle ne veut pas financer le projet à elle seule parce que le centre a vocation à être francilien et même national. Il n’y a pas eu une demande concrète d’aide à la Ville pour un local et une subvention. Pour le moment, on attend la demande de l’association pilotée par Louis-Georges Tin. Rien n’a bougé depuis quelques années, mais il y aura une concrétisation s’il n’y a pas de polémique ».

« APLANIR LES DIFFICULTÉS PASSÉES »
« Les travaux sont en cours, confirme Louis-Georges Tin. La prochaine étape se fera d’ici la rentrée avec des négociations pour terminer le projet. Puis un rapport sera adressé à la Mairie, à la Région et à l’État. La mission est d’accueillir toutes les archives. Nous avons déjà pris des contacts et obtenu des promesses de dons d’archives de personnes LGBT âgées, mais aussi de politiques qui ont joué un rôle important ces dernières années. Mon travail était de les réunir mais aussi d’aplanir les difficultés passées. La Mairie a fait appel à moi pour faire le lien entre les différents interlocuteurs, et mener le projet à son terme ».