Louis-Georges Tin, fondateur du Comité Idaho, tire un bilan globalement positif de la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie, le 17 mai dernier. Il répond aux questions de Yagg.

La Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie semble de mieux en mieux porter son nom, avec plus d’actions dans plus de pays. Partagez-vous ce constat? Oui, en effet. Au début, il y avait 40 pays environ; cette année, il y en a plus de 60 qui participent à la Journée. Et pour ce qui est de la France, en 2005, il y avait environ 100 événements programmés; cette fois-ci, nous sommes largement au-dessus de 150. C’est dire que la Journée contre l’homophobie et la transphobie gagne de plus en plus en importance et en reconnaissance.

Concrètement, en France en particulier, quels ont été les temps les plus marquants et les annonces concrètes que vous retiendrez de cette journée? Le temps fort a été le colloque à l’Assemblée nationale. Les grandes religions étaient toutes officiellement représentées; Dalil Boubakeur, recteur de la Mosquée de Paris, était présent. Ce n’est pas rien! Et tous ces leaders religieux ont condamné l’homophobie. C’est un événement totalement inédit. Maintenant, il faut que cela aboutisse à des actes concrets. Nous y travaillons, avec les associations et les instances religieuses, au sein d’un comité de suivi.

Par ailleurs, un autre résultat de grande importance doit être signalé. Rama Yade, que nous avions sollicitée dès février, a lancé le 17 mai un plan tout à fait remarquable: il s’agit notamment d’intégrer à la formation que reçoivent et que dispensent les éducateurs sportifs des modules sur les questions LGBT. Le sport étant l’un des bastions de la culture machiste, on mesure l’importance, l’audace et l’urgence de cette initiative [lire à ce sujet Rama Yade repousse les frontières de la lutte contre l’homophobie dans le sport].

Qu’en est-il du fonds de soutien aux associations LGBT des pays homophobes annoncé par la même Rama Yade l’an dernier? Le fonds de soutien est de 200000 euros, et a été créé le 17 mai par François Zimmeray, l’ambassadeur aux droits de l’homme. L’argent est là, avec des contributions de pays comme la France, les Pays-Bas, la Norvège, etc. Les collectivités territoriales et les entreprises seront aussi sollicitées. Tout cela permettra d’aider les associations LGBT des pays en difficulté.

Le thème de l’Idaho 2010, sur les religions, n’a-t-il pas été dilué par le nombre importants d’actions et d’annonces? Il est vrai qu’il y a beaucoup d’actions, d’annonces et de résultats et je ne vais pas m’en plaindre! Ce qu’il faut dire, c’est que même si chaque année, il y a un nouveau thème de campagne, le Comité Idaho n’arrête pas pour autant de porter les thèmes des années précédentes. La demande faite à Rama Yade concernant la formation contre l’homophobie dans le monde sportif prolonge la campagne Idaho Education, lancée en 2007. Pareillement, le fonds de soutien lancé par la France vise à favoriser sur le terrain la lutte « pour une dépénalisation universelle de l’homosexualité », ce qui était l’enjeu de la campagne Idaho 2006. Donc pour nous, il y a là une vraie cohérence, que nous suivons d’année en année.