Martine BillardVisiblement, les propos du cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’État du Vatican, liant pédophilie et homosexualité (lire notre article), ne choquent pas vraiment les hommes et les femmes politiques de France.

Seule Martine Billard, députée de Paris et porte-parole du Parti de gauche s’est, pour l’heure, exprimée: « Si l’homosexualité est une orientation sexuelle, la pédophilie est une pathologie criminelle, ce qui est totalement différent. L’amalgame est d’autant plus inadmissible de la part du représentant d’un État. Nous attendons avec impatience la condamnation de ces propos ainsi que la destitution de l’auteur de son poste de secrétaire d’État du Vatican ».

Les associations LGBT sont elles aussi, et sans surprise, scandalisées. Comme le fait très justement remarquer Christine Le Doaré, au nom du Centre LGBT Paris IdF, « ça ne pouvait pas mieux tomber, le thème de l’Idaho, journée mondiale de lutte contre l’homophobie du 17 mai, est cette année: « Religions et homosexualité » ».

« UN APPEL À LA HAINE »
« Le cardinal Bertone, en déclarant que la pédophilie est intrinsèquement liée à l’homosexualité, lance un appel à la haine », souligne SOS homophobie, qui « voit ici une façon pour l’Église catholique de se déresponsabiliser du laxisme dont elle a fait preuve dans la condamnation des affaires de pédophilie qui ont lieu en son sein, et une tentative plus que malheureuse de chercher un bouc-émissaire extérieur, sans prendre ses responsabilités. Cette tentative est cependant tellement grotesque qu’elle perce au jour la pensée rétrograde qui la gouverne ». Dans le même esprit, David & Jonathan, le mouvement homosexuel et chrétien, considère que « la hiérarchie catholique […] veut faire diversion en allumant des contre-feux à sa mise en cause publique, de la part de ses propres fidèles notamment » et se dit « révulsé » par les propos du cardinal: « Le Vatican ajoute la honte de l’homophobie à l’infamie de la pédophilie ».

« SOUPÇON INTOLÉRABLE »
« Les familles homoparentales dont le projet parental est fondé sur l’amour et le respect de la dignité de leurs enfants ne peuvent accepter, une seule seconde, ce soupçon intolérable », renchérit l’Association des parents et futurs parents gays et lesbiens (APGL), tandis qu’Homosexualités et Socialisme (HES) enfonce le clou: « Les violences et les discriminations qui atteignent les homosexuels naissent de l’ignorance et des amalgames. Les autorités religieuses qui donnent du crédit aux pires de ces amalgames endossent la responsabilité de ces violences et de ces discriminations ».

Toutes, à l’instar du Comité Idaho, exigent du pape Benoit XVI qu’il sanctionne le cardinal Bertone: « À tout le moins, il convient que les autorités ecclésiastiques du monde entier se démarquent de ces propos indignes, sauf à donner l’impression que tous les chrétiens se retrouvent dans cette déclaration, ce qui est faux, bien entendu ». Néanmoins, précise SOS homophobie, « si le pape Benoît XVI n’intervient pas pour contredire les propos haineux tenus par son bras droit, il n’y aura plus de doute sur la position officielle et haineuse de l’Eglise catholique à l’égard des homosexuels ». Et le Collectif contre l’homophobie (CCH) de s’interroger: « La hiérarchie de l’Église catholique serait-elle déconnectée des réalités quotidiennes vécues par sa base? ».

L’affaire Bertone donne aussi à HES l’occasion de souligner « les dangers des immixtions des autorités religieuses dans le débat public ».

[Mise à jour: 14/04/10 à 11h17]
Dans un communiqué, Najat Vallaud-Belkacem, secrétaire nationale Questions de société au Parti socialiste, qualifie les propos du cardinal d' »inaceptables » et les « condamne fermement ». Et de rappeler que « cette stigmatisation des personnes homosexuelles est une expression de plus de l’intolérance, des injustices, des discriminations et  des violences que subissent encore régulièrement ces derniers, en raison de leur orientation sexuelle ».

La Fédération LGBT considère qu’avec ce lien entre pédophilie et homosexualité « le Vatican stigmatise les homosexuels ». Elle « interpelle le cardinal Vingt-Trois ainsi que le nonce apostolique à Paris » en leur demandant « solennellement de transmettre au Vatican [sa] colère suite à ces propos afin d’obtenir le retrait de ces allégations mensongères par l’intéressé et des excuses au plus haut sommet de l’Église catholique pour avoir établi un amalgame indigne et avoir exposé délibérément les personnes homosexuelles à la haine ».

Quant à Emmanuel Blanc, président de GayLib, il publie une lettre ouverte au cardinal Bertone sur son blog: « Je ne suis pas de ceux, Éminence, qui se réjouissent des accusations incessantes qui sont portées ces derniers temps contre l’Église catholique, et notamment contre le successeur de Pierre. Accusations souvent injustes ou disproportionnées. Mais ces accusations ne justifient en rien que vous trouviez, comme au bon vieux temps de l’Inquisition, un bouc émissaire à qui faire porter le chapeau de vos propres errements ».

Photo David Monniaux/Wikimedia Commons

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