Organisé par Bristol Myers Squibb, l’un des rares laboratoires pharmaceutiques présents à la 5e Conférence francophone VIH-sida, à Casablanca, le symposium « Place des troisièmes lignes de traitement dans les pays du Sud », a été l’occasion d’une passe d’armes entre des militantes d’Act Up-Paris et l’ambassadeur français de la lutte contre le sida, Patrice Debré. Des militantes d’Act Up et des activistes africains ont brandi des posters et des affiches pour dénoncer le manque de volonté politique de la France dans l’aide aux pays du Sud (photo ci-dessus + vidéo en fin d’article).

INTÉRÊTS COMMERCIAUX CONTRE DROITS DES CITOYENS
Pauline Londeix, membre de l’association, a dénoncé l’accord ACTA. Selon le communiqué de presse d’Act Up, « cet accord mettra en place une série de dispositions jusque-là jamais inégalées pour protéger les intérêts commerciaux des multinationales détentrices de droits de propriété intellectuelle. Outre qu’ACTA représente une menace pour les droits fondamentaux des citoyens comme la présomption d’innocence, cet accord limitera la circulation et l’approvisionnement légitimes en génériques dans les pays en développement. »

Visiblement embarrassé, Patrice Debré n’a pu que rappeler que la France est le deuxième pays contributeur au Fonds mondial. Mais l’argent nécessaire à la poursuite de la prise en charge du sida dans les pays pauvres manque, c’est un fait. Plusieurs orateurs de cette session ont souligné que les traitements de première ligne (ceux qu’on utilise pour la première trithérapie chez un patient) doivent désormais être remplacés par des médicaments de 2e et 3e ligne, plus récents, souvent mieux tolérés, et surtout beaucoup plus efficaces. Mais comme l’a montré l’économiste Benjamin Coriat, les traitements de seconde ligne coûtent de huit à 17 fois plus chers que les traitements de première ligne. Quant aux traitements de 3e ligne, ils sont jusqu’à 25 fois plus chers!

UN « NOUVEAU BUSINESS MODEL »
Autre défi: les équipements pour mesurer la charge virale et permettre un meilleur suivi des patients. Le marché des tests de charge virale est trusté par quatre fabricants, qui vendent ce que Benjamin Coriat a appelé des « boîtes noires », où tout le dispositif diagnostique est compris: impossible donc de choisir parmi des composants les moins chers. Comme Benjamin Coriat l’a souligné, il faut trouver pour l’Afrique un « nouveau business model » pour ce qui concerne les médicaments essentiels employés en masse dans la lutte contre les pandémies. Le sida concerne au Nord quelques centaines de milliers de malades, mais ce sont des dizaines de millions qu’il faut prendre en charge au Sud.

C’est ce qui explique que tous les experts réunis à Casablanca s’accordent pour réclamer un effort accru des pays donateurs. Après avoir permis à des millions de malades de bénéficier d’un traitement, et de sauver des millions de vies, peut-on aujourd’hui les laisser tomber? La poursuite de la politique ambitieuse initiée depuis 2002 nécessite un doublement de l’aide au Fonds mondial pour les trois années 2011-2013. Réunis à New York, en octobre prochain, les pays riches vont-ils tenir leurs promesses? Ici, à Casablanca, c’est bien sûr ce que tout le monde espère.

Act Up-Paris interpelle Patrice Debré:
httpv://www.youtube.com/watch?v=2eRSmH-clmM
Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo, cliquez ici.

Photo Act Up-Paris

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