La décision a été annoncée hier par le ministre de la Défense américaine Robert Gates d' »alléger » la loi militaire du Don’t ask, Don’t tell (DADT), qui interdit depuis 1993 aux militaires gays ou lesbiennes de parler de leur homosexualité, « pour rendre son application plus humaine ».

C’était pourtant une abrogation pure et simple de cette loi qui avait été demandée par le président Obama lui-même le 27 janvier dernier dans son discours sur l’état de l’Union prononcé devant le Congrès. Une loi qu’il jugeait « inhumaine ». Il avait alors annoncé qu’il travaillerait avec le Congrès et l’armée, cette année, pour permettre aux militaires homosexuel-le-s de servir leur pays sans avoir à se cacher (lire notre article).

Le 2 février, c’était au tour de l’amiral Michael Mullen, chef de l’armée américaine, et de Robert Gates, ministre de la Défense, de se prononcer pour l’abrogation de cette loi du silence. « Je ne peux m’empêcher d’être troublé par le fait que nous avons actuellement une loi qui force les jeunes gens et les jeunes femmes à mentir (…) pour pouvoir défendre leurs compatriotes, avait alors déclaré l’amiral Mullen. Mon opinion est qu’autoriser les gays et lesbiennes à servir ouvertement dans l’armée serait la meilleure chose à faire » (lire notre article).

Cette loi – en vertu de laquelle ont déjà été exclus de l’armée plus de 13500 militaires – était alors remise en question pour la première fois depuis son entrée en vigueur. Mais après plusieurs semaines d’auditions de représentants de l’armée dans l’enceinte du Congrès, c’est finalement un simple allègement « plus juste » qui a été décidé hier soir, et « provisoire » annonce-t-on, « en attendant une abrogation » promet-on. Mais comment peut-on rendre plus humaine et plus juste une loi qui repose sur la discrimination et le mensonge?

« UN PAS EN AVANT »
Concrètement qu’est-ce qui change avec ce nouveau Don’t ask, Don’t tell version 2010? Quelles modifications ont été apportées pour « diminuer les effets de la loi », comme l’annonce Robert Gates? Premier point: seul un général ou un « flag officer » (un amiral de la Navy qui a déjà obtenu au moins une étoile) est désormais en mesure de lancer une enquête Don’t ask, Don’t tell. Ensuite, les informations sur l’orientation sexuelle présumée d’un-e militaire doivent désormais être formulées sous serment. Il n’est donc plus possible de dénoncer anonymement un tiers, comme il était d’usage de le faire auparavant. Les rumeurs et ouï-dire ne sont plus encouragés, même s’ils peuvent toujours être utilisés lors d’une enquête. Et enfin, les informations confidentielles soumises habituellement au secret professionnel (telles que des informations données à un avocat, un médecin ou un prêtre) ne peuvent plus être utilisées pour une enquête. Voici donc les principales nouveautés de cette loi, qui s’appliqueront aux dossiers en cours mais pas rétroactivement.