Ce qui surprend d’emblée, dans R.E.R, la nouvelle pièce de Jean-Marie Besset au théâtre de la Tempête, c’est qu’il y dépeint des personnages très différents des figures caractéristiques de son théâtre. Ici, ce ne sont pas des intellos, des fils de bonne famille ou des bobos qui nous sont présentés. Avec son immense talent, Andréa Ferréol campe ainsi une femme « affreuse, sale et méchante », homophobe et raciste. De ce jeu (de massacre) où la soif d’amour conduit à des actes de folie, où des hommes et des femmes perdent pied, le public, après deux heures d’un spectacle parfois âpre, ressort sonné.

UN FAIT-DIVERS DE 2004
L’histoire de R.E.R. est inspirée d’un fait-divers qui fit grand bruit en juillet 2004. Une jeune femme, Marie Léonie Leblanc, accuse six jeunes Noirs et Maghrébins de l’avoir violemment agressée, au petit matin, dans le R.E.R. D, lui dessinant des croix gammées sur le ventre, lui coupant les cheveux… Aussitôt, les médias et les politiques, jusqu’au président de la République de l’époque, Jacques Chirac, dénoncent un acte antisémite odieux. Trois jours plus tard, Marie Léonie passera aux aveux: elle avait fabriqué de toutes pièces cette histoire pour attirer l’attention sur ses problèmes personnels.

Alors qu’il vivait aux États-Unis, Jean-Marie Besset avait été marqué par une histoire similaire, survenue en 1987, à Wappingers Falls. Tawana Brawdley, une adolescente noire de 15 ans, est trouvée blessée dans un sac en plastique. Elle accuse six hommes blancs de l’avoir séquestrée et violée. Un an plus tard, un tribunal concluait à l’affabulation: la jeune fille aurait mis en scène son agression avec sa mère pour échapper à la violence de son beau-père.