Ils sont trois sur la petite scène du Théâtre du Rond-Point. Deux clowns musicaux – Pouêt et Pouêt – et Monsieur Milord, une sorte de Chaplin avec des résurgences, parfois, de Cécile Sorel, empruntant à l’occasion l’accent de Maurice Chevalier. Si les comparses sont parfaits, Monsieur Milord est un peu la vedette. Monsieur Milord c’est David Rochline, il joue et chante, il a écrit, composé, dessiné les décors et les costumes, certains peints à la main. On est dans un monde où le clown Grock aurait enfin rencontré Beckett et la comédie musicale. Ici tout semble « fait faux exprès », comme ce costume d’entrée avec un masque à l’envers sur la tête dont David Rochline anime la bouche en tirant sur une ficelle. On est devant une boule de neige qui danse et chante – à la fin, la toile de fond se piquera d’étoiles, avec une roulotte, une voiture qui se transforme en mini-orgue, une marionnette de ventriloque, un pantin-danseuse… et un lapin géant.

MÉLANGER LA PACOTILLE EN FORMICA AUX VRAIS CARATS
David Rochline s’est fait connaître en 1975 avec À toutes les gloires de la France, un hommage à son idole Cecile Sorel, dont le passage de la Comédie-Française au Casino de Paris fit grand bruit (« l’ai-je bien descendue? »). Le mythe étant un tantinet bousculé, faut-il rappeler. Et, sporadiquement, David nous offrait des spectacles à la poésie compacte et légère comme ce Paris-Gypsy, commande du Festival d’Automne, one-man show en hommage à la grande revue de music-hall… David Rochline est doté d’une culture étendue. Un orfèvre qui n’aime rien tant que mélanger la pacotille en formica aux vrais carats.

Pouêt pouêt, monsieur Milord! est un spectacle plein de références. On peut les apprécier au passage, remarquer que certaines chansons gouaillent comme certaines de la Miss, et d’autres sont carrément yéyés, qu’on passe d’époque en époque comme dans un rêve ou une revue de music-hall. On peut aussi oublier les références et juste savourer la beauté d’une chanson qui parle d’étoiles et de fleurs. Les poètes des années 30 hantaient les music-halls, comme Jarry en 1900 hantait les pantomimes populaires. Pouêt et Pouêt sont en panne, monsieur Milord trimballe sa roulotte et offre aux deux gugusses de l’accompagner. Il était prestidigitateur (« au prestige parti ailleurs »), son père a disparu avec sa baguette Magica… Sa mère, elle aussi nommée Magica, était écuyère… L’argument est un prétexte à chansons et à jeux de clowns.

DOUZIÈME OU PREMIER DEGRÉ?
On sort hébété de ce spectacle. Douzième ou premier degré? Quelques spectateurs, décontenancés par cette naïveté obsessionnelle sortent (« Mais de qui se moque-t-on? »). Les autres savourent cet univers intemporel, ce rêve maniaque fait à la main, cet hommage au surréalisme populaire du music-hall.

Pouêt pouêt, monsieur Milord!, au Théâtre du Rond-Point, 2bis, avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris, jusqu’au 10 avril. Plus d’infos ici.

Présentation du spectacle:
httpv://www.youtube.com/watch?v=hm9T8q7HPLk
Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo, cliquez ici.

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