Que s’est-il vraiment passé lors du débat, animé par Christophe Hondelatte, autour du documentaire-choc Le Jeu de la mort diffusé sur France 2 ce soir à partir de 20h35, dans le cadre d’une soirée intitulée Jusqu’où va la télé? C’est la polémique du jour. Rappelons le contexte.

SOUMISSION À L’AUTORITÉ
Le Jeu de la mort
, un documentaire signé Christophe Nick, veut montrer jusqu’où nous sommes capables d’aller dans la soumission, l’obéissance à une autorité. Dans les années 60, le psychologue américain Stanley Milgram avait fait une expérience similaire sur le degré d’obéissance à l’autorité scientifique. Dans le documentaire de ce soir, pas de blouses blanches, mais le dispositif d’un jeu télévisé, spécialement créé pour l’occasion: Zone Xtrême. On propose aux candidats du jeu d’infliger des décharges électriques (qui ne sont pas réelles, nous le savons mais pas les candidats) de plus en plus fortes à une personne. Cette dernière (en réalité un comédien) a beau crier de douleur, 80% des candidats vont jusqu’au maximum proposé: 460 volts. Voici la bande-annonce de l’émission:

httpv://www.youtube.com/watch?v=vH-iOc2sv4o
Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo, cliquez ici.

« UN DÉBAT HOULEUX »
À 22h05, France 2 diffuse un débat animé par Christophe Hondelatte autour du documentaire. « Un débat houleux » révèle Libération ce matin en donnant la parole à Alexandre Lacroix, rédacteur en chef de Philosophie Magazine (par ailleurs partenaire de la soirée spéciale de France 2). Alexandre Lacroix, qui faisait partie du plateau d’invités, raconte que Christophe Hondelatte, interviewant l’un des candidats du jeu qui est allé jusqu’à 460 volts, a forcé ce dernier à révéler son homosexualité. Extrait du récit d’Alexandre Lacroix: «  »Il faut quand même dire une chose importante, vous concernant… — En fait, là, je préférerais ne pas en parler. Il s’agit de ma vie privée. — Mais si, allez: dites-le nous! — J’aimerais mieux pas. — C’est important: vous êtes homosexuel! » Malaise. Quel est le but de la manœuvre? Suggérer que l’homosexualité prédispose à électrocuter son prochain? ».

Alexandre Lacroix raconte qu’ensuite, lors de son intervention dans le débat, il proteste contre ce qu’il juge être un « interrogatoire » dans lequel « le plateau de télévision est un dispositif coercitif où le présentateur a le pouvoir ». Ce qui aurait eu le don de fâcher tout rouge Christophe Hondelatte, ce dernier lançant à Alexandre Lacroix: « Bon, ben c’est très simple. Tu vois la porte, là? Tu dégages! ». Hurlements, suspension du tournage… Ambiance.

DES VERSIONS DIFFÉRENTES
Le journaliste David Abiker (France Info, GQ…), également présent sur le plateau du débat, a une version des faits sensiblement différente. Ce matin, il la raconte sur son blog. Joint par Yagg, David Abiker ne pense pas que Christophe Hondelatte ait voulu outer le candidat: « Christophe Hondelatte ne voulait pas de coming-out télévisuel. Il voulait juste dire qu’on peut être quelqu’un de bien, qui s’assume, qui a fait un acte courageux, un acte politique, tel que le coming-out, et en arriver jusque-là dans ce jeu ». D’après lui, le présentateur et le candidat avaient convenu avant l’émission que l’homosexualité de ce dernier serait évoquée. David Abiker raconte également que devant les hésitations du candidat, il a lancé un « Vous pouvez refuser! » qui a fait « beaucoup rire » tous les invités présents, puisque cela faisait référence au thème même de la soirée, la soumission: « Christophe Hondelatte m’a même repris en répétant « Comme David l’a dit, vous pouvez refuser » ».

Une version confirmée sur son blog par Jean-Marc Morandini, également présent sur le plateau au moment de l’enregistrement (mais le tout-Paris des médias y était!): « Le candidat à qui Christophe Hondelatte a parlé de son homosexualité a expliqué lui-même, pendant cet incident, que c’est lui qui avait souhaité évoquer ce sujet. Il l’avait demandé aux journalistes qui préparent l’émission, afin de prouver qu’il était capable de résister à des pressions. Il a reconnu sur le plateau qu’il avait fait marche arrière le matin même pour des raisons personnelles, sans en avoir parlé à personne de l’équipe de production de l’émission ».

Reste qu’Alexandre Lacroix n’en démord pas. Ce matin, dans Comme on nous parle animé par Pascale Clark sur France Inter, le rédacteur en chef de Philosophie Magazine persiste et signe (écouter l’émission ici): « J’ai assisté à un coming-out forcé. J’étais dans un profond malaise ». Réponse immédiate de Christophe Nick, au micro de France Inter: « Qu’est-ce que tu es en train de faire? Est-ce que tu n’es pas en train de faire le coming-out d’une personne qui ne voulait pas le faire? Cette scène a été coupée du débat. Tu as décidé d’utiliser cet incident. Je viens de me rendre compte que la télé rend un peu fou ».

Effectivement, oui. On aurait presque envie de dire: CQFD.

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