Peut-on être pro-sexe et féministe? C’est en substance la question que se posait sur son blog Christine Le Doaré, la présidente du Centre LGBT Paris Ile-de-France, mercredi 3 mars, dans un (très long) post intitulé « Non, votre féminisme n’est pas nouveau! ». En cause, les travailleurs et travailleuses du sexe qui défendent une prostitution dite « choisie », en particulier par la voix du Strass, le Syndicat du travail sexuel.

LA PROSTITUTION PEUT-ELLE ÊTRE LIBRE?
« Les travailleurs du sexe qui s’expriment notamment au travers du Strass, écrit-elle, affirment qu’ils se prostituent librement; ce sont majoritairement des hommes « biologiques », également quelques trans’ femmes (M to F), mais plus rares sont les prostituées femmes « biologiques » ou les trans’ masculins (F to M) en leur sein. »

« Les féministes et pro-féministes refusent la forme ultime de l’exploitation de l’homme par l’homme ou de la femme par l’homme (sans oublier la prostitution gay), poursuit-elle. (…) Le 8 mars, c’est la journée internationale du Droit des Femmes, drôle d’idée tout de même que de vouloir intégrer un cortège féministe pour revendiquer le droit de se prostituer alors que l’écrasante majorité des prostitués sont des femmes qui exercent sous la contrainte. »

LE STRASS EST-IL REPRÉSENTATIF?
Se sentant assez logiquement visé, le Strass a répondu et se dit « composé de 10% d’hommes, 20% de trans’ et 70% de femmes ». « Cette attaque sur notre représentativité est courante, souligne le Strass dans un communiqué. Chaque fois qu’un ou une travailleuse du sexe prend la parole publiquement on l’accuse tout de suite d’être non représentative. On fait pourtant rarement ou jamais ce procès aux autres mouvements, alors qu’on pourrait très bien le faire à l’encontre de Christine Le Doaré et de ses amies féministes, qui se font la spécialité de parler au nom des femmes tout en excluant les femmes minoritaires. »

Le texte répond point par point à celui de Christine Le Doaré, notamment sur les liens entre droits LGBT et pro-sexe: « Peut-on m’expliquer en quoi défendre les droits des lesbiennes et ceux des trans’ serait lié aux théories « pro-sexe? », s’interroge Christine Le Doaré. Comme des milliers d’autres, je suis lesbienne, féministe, je défends ardemment les droits des trans’, plus généralement des personnes LGBT, je combats toute forme de racisme, les discriminations vécues par les personnes handicapées me révoltent aussi… et pourtant, les préoccupations « pro-sexe », au mieux m’indiffèrent et souvent m’exaspèrent! ».

« DES LUTTES LIÉES »
« Les luttes lesbiennes et trans’ sont elles aussi liées à celle des travailleurs du sexe, ne serait-ce que parce que les transpédégouines sont nombreuses dans l’industrie du sexe, contre-attaque le Strass. Mais aussi parce que si on compare les mécanismes de discriminations, il n’y a pas tant de différences entre par exemple des psys transphobes qui se posent en experts de ce qu’on peut faire de son sexe ou non en réduisant les trans’ à des malades, victimes de trouble de l’identité, et des abolitionnistes qui nous expliquent que c’est mal de se prostituer et qu’ils vont nous sauver avec leur centre de réhabilitation où on fait faire aux putes des travaux tellement pourris et non-formateurs que la plupart retournent sur le tapin après ».

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